ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
Dans la carrière d’Adrian Lyne – qui avait refait surface en 2022, à 81 ans, avec le thriller érotique Eaux profondes —, ce film d’horreur paranoïaque de 1990 fait figure d’anomalie. Tim Robbins, profil d’Américain moyen, regard de possédé, y interprète un vétéran du Vietnam reconverti employé des postes, évoluant à travers un New York de cauchemar : immeubles délabrés, rues fumantes, souterrains sinistres.
Victime d’hallucinations, il est, de surcroît, hanté par la mort de l’un de ses fils, présence d’autant plus perturbante qu’elle est incarnée à l’écran par Macaulay Culkin, propulsé enfant star la même année grâce à Maman, j’ai raté l’avion !, avant d’être broyé par Hollywood. Avec son soldat brisé par les expérimentations chimiques de l’armée US, L’Échelle de Jacob s’apparente à un Johnny Got His Gun mental. Une telle fiction sur le trouble de stress post-traumatique n’avait, en pleine guerre du Golfe, aucune chance de trouver son public aux États-Unis.
Accalmies poignantes
Elle est devenue culte, a posteriori, pour ses démons humanoïdes aux visages déformés, qui doivent autant à la peinture (William Blake, Francis Bacon) qu’à la photographie (Diane Arbus, Joel-Peter Witkin). Conçues avec des effets spéciaux mécaniques façon « body horror » — voir l’incroyable séquence du brancard, avec un couloir d’hôpital qui se mue en accès à l’Enfer —, les créatures inspireront ensuite l’industrie du jeu vidéo (Silent Hill, Resident Evil).
Trente-cinq ans après la sortie, ce sont moins les scènes chocs qui frappent que les accalmies, poignantes, par contraste : chaleur hivernale du foyer familial, harmonies délicates du piano de Maurice Jarre, douceur paradoxale d’un chiropracteur — saisissant Danny Aiello, dans sa période faste, après Do the Right Thing. Ces éclaircies s’annoncent dès l’entame, où, dans le fracas du Vietnam, des GI dorment paisiblement…
Nicolas Didier (Télérama)
Plans Cultes
samedi 30 mai
2026 à 20h00
En présence de Xavier Leherpeur, journaliste et critique de cinéma à France Inter, et dans la revue 7éme Obsession.
L’ÉCHELLE DE JACOB
de Adrian Lyne
avec Tim Robbins, Elizabeth Peña, Danny Aiello
USA - 1990 - 1h55 - VOST - Réédition - Version restaurée 4K
Depuis des années, Jacob Singer est hanté par les souvenirs douloureux de la guerre du Viêtnam. A présent s'y ajoutent des visions démoniaques et des hallucinations. En effet, Jacob est persuadé que des êtres mystérieux veulent l'assassiner. Son malaise augmente encore lorsqu'il rencontre Paul, un ancien de son commando, qui reçoit des menaces de mort. Peu après, Paul meurt dans l'explosion de son véhicule. Jacob contacte ses anciens camarades. Tous sont dans le même cas. Jacob se forge alors une explication. Ses compagnons d'armes et lui ont dû être, jadis, victimes d'expériences chimiques commanditées par l'état-major...
https://www.acaciasfilms.com/film/lechelle-de-jacob/
A PROPOS
Dans la carrière d’Adrian Lyne – qui avait refait surface en 2022, à 81 ans, avec le thriller érotique Eaux profondes —, ce film d’horreur paranoïaque de 1990 fait figure d’anomalie. Tim Robbins, profil d’Américain moyen, regard de possédé, y interprète un vétéran du Vietnam reconverti employé des postes, évoluant à travers un New York de cauchemar : immeubles délabrés, rues fumantes, souterrains sinistres.
Victime d’hallucinations, il est, de surcroît, hanté par la mort de l’un de ses fils, présence d’autant plus perturbante qu’elle est incarnée à l’écran par Macaulay Culkin, propulsé enfant star la même année grâce à Maman, j’ai raté l’avion !, avant d’être broyé par Hollywood. Avec son soldat brisé par les expérimentations chimiques de l’armée US, L’Échelle de Jacob s’apparente à un Johnny Got His Gun mental. Une telle fiction sur le trouble de stress post-traumatique n’avait, en pleine guerre du Golfe, aucune chance de trouver son public aux États-Unis.
Accalmies poignantes
Elle est devenue culte, a posteriori, pour ses démons humanoïdes aux visages déformés, qui doivent autant à la peinture (William Blake, Francis Bacon) qu’à la photographie (Diane Arbus, Joel-Peter Witkin). Conçues avec des effets spéciaux mécaniques façon « body horror » — voir l’incroyable séquence du brancard, avec un couloir d’hôpital qui se mue en accès à l’Enfer —, les créatures inspireront ensuite l’industrie du jeu vidéo (Silent Hill, Resident Evil).
Trente-cinq ans après la sortie, ce sont moins les scènes chocs qui frappent que les accalmies, poignantes, par contraste : chaleur hivernale du foyer familial, harmonies délicates du piano de Maurice Jarre, douceur paradoxale d’un chiropracteur — saisissant Danny Aiello, dans sa période faste, après Do the Right Thing. Ces éclaircies s’annoncent dès l’entame, où, dans le fracas du Vietnam, des GI dorment paisiblement…
Nicolas Didier (Télérama)

