ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
La sélection cannoise a pris l’habitude de parler de films autour de la question ukrainienne. On pense entre autres au récent L’invasion. Sauf que jamais cet enjeu conflictuel n’avait pas été abordé côté de la Russie qui, on le sait, peine à trouver les recrues en nombre suffisant pour assumer la guerre. Et c’est ainsi qu’Andreï Zviaguintsev, le brillant réalisateur de Léviathan et Faute d’amour, montre, à travers la figure d’un chef d’entreprise, la manière dont les autorités mettent en demeure les entreprises de contribuer à la recherche de soldats en mettant à disposition des membres de leur personnel. L’enjeu éthique est absolument terrifiant, d’autant quand une structure économique a besoin de main-d’œuvre et qu’elle n’a pas à se mêler des affaires de l’État. Mais nous sommes en Russie, pays corrompu et autoritaire, où refuser des ordres venant du haut peut être dangereux.
Deux récits s’entrecroisent dans long-métrage. On voit comment Gleb va trouver des personnels pour aller au front, pour répondre à la sollicitation de la mairie. L’homme le gère sans état d’âme, avec la froideur d’un bureaucrate, dans la mesure où il n’a aucun intérêt à s’y opposer. Et ce d’autant plus qu’une autre histoire plus intime s’invite, à savoir celle de son couple, en proie à l’effondrement, depuis que son épouse entretient une relation avec un photographe divorcé. Dans ce genre de problème, les services du maire pourraient se révéler utiles.
Minotaure propose un scénario hautement malin. En effet, le cinéaste ne se focalise pas sur le positionnement d’indifférence des chefs d’entreprise qui contribuent à fournir des soldats : il introduit un récit de couple qui fait basculer le film dans le registre du polar. La tension est palpable d’un bout à l’autre, à la manière d’un thriller psychologique. Les personnages sont tous emportés dans des enjeux conflictuels, jusque l’adolescent de la famille, dont la seule issue demeure l’acceptation froide, au détriment de toute éthique. Le cadre paisible dans lequel évoluent Gleb et sa famille tranche avec le contexte tendu général en Russie, qui trouve son écho dans les grandes barres d’immeubles glaciales où vit le photographe.
La mise en scène valorise une atmosphère relativement glaciale, où les émotions sont contrôlées, avec des plans d’une très grande beauté sur les paysages, la demeure de la famille et même la ville. Andreï Zviaguintsev procède toujours ainsi dans ses films, alternant une certaine opacité des personnages avec des paysages superbes. Le réalisateur parvient à ne ne pas verser dans le militantisme politique frontal, préférant équilibrer son propos avec un récit familial intimiste qui pourrait avoir lieu n’importe où dans le monde. Il cultive un goût du tragique consolidé par un scénario très bien ficelé.
Laurent Cambon (avoiralire.com)
Avant-première / Estival Premiers Plans
jeudi 27 août
à 20h00
Séance présentée et suivie d’une rencontre avec Andreï Zviaguintsev, réalisateur
Andreï Zviaguintsev est venu à Premiers Plans en 2016 à l’occasion de la rétrospective qui lui était consacrée. Minotaure, 6e film du réalisateur, a reçu cette année le Grand Prix à Cannes.
Sortie exceptionnelle du film aux 400 coups du mercredi 26 août au mardi 1er septembre
Sortie nationale le 14 octobre 2026
Séance organisée en partenariat avec le Festival Premiers Plans
MINOTAURE
de Andreï Zviaguintsev
Avec Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin
France - Allemagne - Lettonie - 2026 - 2h20 - Grand Prix Cannes 2026
Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.
https://filmsdulosange.com/film/minotaure/
A PROPOS
La sélection cannoise a pris l’habitude de parler de films autour de la question ukrainienne. On pense entre autres au récent L’invasion. Sauf que jamais cet enjeu conflictuel n’avait pas été abordé côté de la Russie qui, on le sait, peine à trouver les recrues en nombre suffisant pour assumer la guerre. Et c’est ainsi qu’Andreï Zviaguintsev, le brillant réalisateur de Léviathan et Faute d’amour, montre, à travers la figure d’un chef d’entreprise, la manière dont les autorités mettent en demeure les entreprises de contribuer à la recherche de soldats en mettant à disposition des membres de leur personnel. L’enjeu éthique est absolument terrifiant, d’autant quand une structure économique a besoin de main-d’œuvre et qu’elle n’a pas à se mêler des affaires de l’État. Mais nous sommes en Russie, pays corrompu et autoritaire, où refuser des ordres venant du haut peut être dangereux.
Deux récits s’entrecroisent dans long-métrage. On voit comment Gleb va trouver des personnels pour aller au front, pour répondre à la sollicitation de la mairie. L’homme le gère sans état d’âme, avec la froideur d’un bureaucrate, dans la mesure où il n’a aucun intérêt à s’y opposer. Et ce d’autant plus qu’une autre histoire plus intime s’invite, à savoir celle de son couple, en proie à l’effondrement, depuis que son épouse entretient une relation avec un photographe divorcé. Dans ce genre de problème, les services du maire pourraient se révéler utiles.
Minotaure propose un scénario hautement malin. En effet, le cinéaste ne se focalise pas sur le positionnement d’indifférence des chefs d’entreprise qui contribuent à fournir des soldats : il introduit un récit de couple qui fait basculer le film dans le registre du polar. La tension est palpable d’un bout à l’autre, à la manière d’un thriller psychologique. Les personnages sont tous emportés dans des enjeux conflictuels, jusque l’adolescent de la famille, dont la seule issue demeure l’acceptation froide, au détriment de toute éthique. Le cadre paisible dans lequel évoluent Gleb et sa famille tranche avec le contexte tendu général en Russie, qui trouve son écho dans les grandes barres d’immeubles glaciales où vit le photographe.
La mise en scène valorise une atmosphère relativement glaciale, où les émotions sont contrôlées, avec des plans d’une très grande beauté sur les paysages, la demeure de la famille et même la ville. Andreï Zviaguintsev procède toujours ainsi dans ses films, alternant une certaine opacité des personnages avec des paysages superbes. Le réalisateur parvient à ne ne pas verser dans le militantisme politique frontal, préférant équilibrer son propos avec un récit familial intimiste qui pourrait avoir lieu n’importe où dans le monde. Il cultive un goût du tragique consolidé par un scénario très bien ficelé.
Laurent Cambon (avoiralire.com)

