EVENEMENTS ET SEANCES SPECIALES

HIROSHIMA MON AMOUR - Alain Resnais
A PROPOS

Premier long métrage d’Alain Resnais, Hiroshima mon amour marque le début de sa collaboration avec des scénaristes issus du monde littéraire. Marguerite Duras a écrit le récit qui débute par des souvenirs d’une page tragique de l’histoire de l’humanité, suivis de ceux d’un drame personnel ancien qui ressurgit de la mémoire... Le dialogue est une longue psalmodie, surtout pendant le premier quart d’heure, qui voit les plans d’un couple faire l’amour (« Tu me tues, tu me fais du bien »), alterner avec des images du Mémorial du Souvenir de la ville. « Non, tu n’as rien vu à Hiroshima », déclame à plusieurs reprises l’amant japonais, quand la jeune femme se dit persuadée de connaître toutes les informations sur la ville. La suite du scénario ne semble linéaire qu’au premier abord, puisque l’évocation du passé des deux amants donne droit à plusieurs faux flash-back, les séquences de la tragique passion ancienne et des représailles à la Libération n’étant accompagnées d’aucun dialogue, mais seulement de la voix off d’Emmanuelle Riva et de la musique de Georges Delerue (impériale). Hiroshima mon amour, c’est l’histoire d’un drame individuel qui se fond dans le drame collectif, et l’une des œuvres les plus fascinantes sur la mémoire et l’introspection mentale, un thème que l’on retrouvera dans la filmographie de Resnais, et particulièrement de L’année dernière à Marienbad à La vie est un roman. Le ton du récit tient à la fois de l’intimisme de la Nouvelle Vague (les scènes entre Jean Seberg et Belmondo dans À bout de souffle feront écho aux échanges Okada/Riva), mais aussi à tout un courant du nouveau cinéma de l’époque, et notamment les films d’Antonioni par le traitement de l’incommunicabilité dans le couple. Mais là où la tendance Cahiers de la Nouvelle Vague occultera tout contexte politique (excepté Le petit soldat et la période Mao de Godard), Resnais n’hésite pas à aborder des sujets majeurs (le péril atomique, les zones d’ombre de la Libération) qui étaient quasiment tabous à l’époque.
Chez Resnais, la forme est indissociable du fond. Le montage très serré ne fait que représenter les tourments du souvenir et les longs travellings sur les rues désertes de Hiroshima traduisent la difficulté de réaliser pleinement l’horreur dont seuls peuvent témoigner les survivants. On retrouve la même approche stylistique que dans Nuit et brouillard, son court métrage sur les camps de concentration, par ce mélange de documents d’archives et de prises de vue contemporaines. Hiroshima mon amour, film majeur dans l’histoire du cinéma, se montre novateur à plus d’un titre. C’est l’une des premières coproductions franco-japonaises (on occultera Typhon sur Nagasaki d’Yves Ciampi, tourné deux ans plus tôt avec Danielle Darrieux et Jean Marais). Le casting y est épuré à l’extrême, se focalisant sur le couple formé par le séduisant Eiji Okada et l’extraordinaire Emmanuelle Riva, jusque là inconnue à l’écran, et dont la voix de velours et la grâce naturelle ne sont pas pour rien dans la fascination exercée par le film. Nul second rôle ne vient agrémenter le récit en le détournant de ses protagonistes, le personnage de l’amant allemand incarné par Bernard Fresson étant muet et jamais filmé en gros plan. Un an après Les amants de Louis Malle, on y voit une scène de relation sexuelle mais uniquement suggérée par des plans furtifs de bras et de cheveux, au tout début du film : une composition audacieuse, loin de l’érotisme de pacotille incarné à la même époque par Roger Vadim. Resnais réussit donc le pari de transformer une traditionnelle histoire d’amour en une réflexion sans concessions sur les traumatismes de la guerre tout en révolutionnant le langage du 7e art. Le film a été présenté en mai 2013 dans la sélection Cannes Classics du Festival de Cannes, restauré en numérique 4K par Argos Films (la société de production initiale), les Fondations Technicolor et Groupama Gan, et la Cineteca di Bologna. Renato Berta a supervisé la reconstitution de la splendide photo noir et blanc de Sacha Vierny.

Gérard Crespo (aVoiraLire.com)

Séance organisée dans le cadre du Festival Premiers Plans en partenariat avec le Centre National de Danse Contemporaine en écho au spectacle : ILS N'ONT RIEN VU de Thomas Lebrun Mardi 21 janvier à 20h au Théatre Le Quai
Ce  spectacle  est  proposé  par  le  CNDC  à  l’occasion  du  Festival.  Thomas  Lebrun  s’est  inspiré  librement  d’Hiroshima mon amour pour interroger la transformation et l’effacement de la mémoire, et porter un regard aigu sur notre monde.
Danse et Cinéma
lundi 20 janvier 2020 à 18h00
SÉANCE COMPLÈTE


HIROSHIMA MON AMOUR
de Alain Resnais
avec Emmanuelle Riva, Eiji Okada, Bernard Fresson
FRANCE - JAPON - 1959 - 1h32
Une actrice se rend à Hiroshima pour tourner un film sur la paix. Elle y rencontre un Japonais qui devient son amant, mais aussi son confident. Il lui parle de sa vie et lui répète "Tu n’as rien vu à Hiroshima". Elle lui parle de son adolescence à Nevers pendant la seconde guerre mondiale, de son amour pour un soldat allemand et de l’humiliation qu’elle a subie à la Libération.