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LES HEURES SOMBRES - Joe Wright
A PROPOS
Le cinéma est vraiment un art extraordinaire : alors que la culture devient progressivement la vitrine de l’âme d’un pays, voilà que bientôt sa population toute entière devra considérer les cinéastes comme des trésors nationaux. Au Royaume-Uni, le réalisateur Joe Wright devrait donc prochainement recueillir les lauriers d’une carrière qui célèbre les grandes figures britanniques, que ce soit des écrivains comme Jane Austen (Orgueil et Préjugés) ou des grands hommes comme Winston Churchill. C’est à cet homme politique qui a changé le destin de son pays que Joe Wright consacre aujourd’hui un biopic passionnant, offrant à Gary Oldman son meilleur rôle. En suivant celui qui fut nommé Premier ministre le 10 mai 1940, au nez et à la barbe de son parti qui se méfiait de son exubérance, Joe Wright offre une immersion totale dans une époque délicate, en se basant sur une mise en scène subtile et originale.
Si le scénario s’articule autour de trois discours que Winston Churchill a prononcés en mai et juin 1940 à la Chambre des Communes, ce parlement qui ressemblait pour le diplomate à une fosse aux lions, le film dépeint la situation politique de l’époque et cherche à montrer comment les Britanniques ont progressivement choisi la voie de la résistance. Alors que l’Ouest de l’Europe s’effondrait face aux armées allemandes, le Royaume-Uni a tenu bon, refusant obstinément de se soumettre aux quatre volontés d’un Adolf Hitler qui se méfiait terriblement de ce petit bonhomme qui aimait fumer des cigares, porter des couvre-chefs et manifestait pour la rhétorique une maîtrise qui faisait trembler tous les adversaires de la Couronne britannique. Une Couronne qui, d’ailleurs, n’appréciait que peu ce Premier ministre guère impressionné par ces majestés et ces nobles qui dirigeaient alors le pays.
Alors que le film distille un climat politique plus que tendu, tout l’enjeu est de présenter les adversaires de Winston Churchill, qui a résisté aux ennemis de l’intérieur et de l’extérieur pour que le Royaume-Uni conserve sa souveraineté. La mise en scène, d’une maîtrise absolue face à l’ampleur de la tâche, a cela de fantastique qu’elle parvient à représenter la solitude d’un personnage qui tenait entre ses mains le sort de millions de concitoyens. Les mouvements de caméra, piquants et dynamiques, saisissent les émotions à différentes échelles afin d’offrir des plans d’ensemble de tous les protagonistes : les Britanniques, les politiques, la Couronne anglaise, puis Winston Churchill.
Tout le génie du long métrage est là : s’appuyer sur l’humour pour mieux mettre en lumière la cocasserie du personnage, sa force et son intelligence face aux membres de l’opposition et de son propre parti politique qui cherchent, pendant plus de deux heures, à lui prendre le pouvoir et à proposer des pourparlers de paix avec un Adolf Hitler qui retient en otage des soldats britanniques en Normandie pendant que d’autres ne font qu’en parler. La seule scène du film qui dépeint la guerre, dont il est question pendant tout le biopic sans jamais être montrée, est l’objet d’un plan-séquence sublime qui vient couronner une mise en scène savoureuse, basée sur une photographie qui joue avec les époques pour offrir des images vintage d’une population tourmentée.
C’est au cœur de ces procédés techniques bien employés et d’un scénario efficace que Gary Oldman peut déployer tout son talent, fruit d’un travail colossal qui le voit se glisser dans la peau de Churchill bien mieux que tous ses prédécesseurs. Aidé par le spécialiste des prothèses Kazuhiro Tsuji, pointure dans son domaine, l’acteur disparaît pour laisser toute la place à son personnage, plus vrai que nature au sein de ce biopic qui redonne ses lettres de noblesse à un genre qui a fait ses preuves, au point de proposer des portraits de célébrités à tort et à travers.
Si les intentions de Joe Wright sont nobles, il n’en fallait pas moins pour offrir un film de toute beauté, que Winston Churchill méritait bien. Le personnage est rendu attachant par les circonstances et il devient alors très amusant pour le spectateur de le soutenir, lui qui est attaqué de toutes parts, entre ceux qui veulent être Premier ministre à la place du Premier ministre, l’opposition qui préfère s’accorder avec Hitler au lieu de l’affronter, sans oublier bien sûr les alliés d’hier sur lesquels il n’est plus possible de compter aujourd’hui. Les affrontements avec les uns et les autres donnent lieu à des joutes verbales qui subliment la beauté de la langue anglaise tout en offrant des morceaux de bravoure qu’il devient rare de voir au cinéma.
En glorifiant la politique, tout en dépeignant une figure charismatique qui est parvenue, grâce à son talent, à maintenir la guerre à distance de son pays bien-aimé, le film jette un point de vue nouveau, intimiste et instructif sur la vie d’une figure incontournable de l’histoire britannique et finalement du monde. En s’attardant sur une période bien précise de sa vie et de sa fonction, le long-métrage offre l’opportunité d’assister à la naissance d’un héros, sans chercher à cacher ses vices et son caractère bien trempé mais au contraire à apporter un éclairage neuf sur une période délicate.
Face à un film qui met en valeur la beauté de la langue de Shakespeare, nous ne pouvons que vous recommander d’éviter de le voir dans la langue de Molière. La rhétorique étant le point fort de Winston Churchill, ses discours ayant entraîné son pays dans la résistance la plus héroïque, c’est le moment de lui rendre hommage car il a su prendre les bonnes décisions au bon moment. Le grand homme le vaut bien...et le grand Gary Oldman aussi.
Virginie Morisson (avoiralire.com)

Soirée organisée en collaboration avec Cinéma Parlant dans le cadre de la semaine de cinéma de langue anglaise
Ciné Fac
jeudi 2 décembre 2021 à 20h00
présenté par Yvelin Ducotey, docteur en études filmiques, Université d'Angers
Tarif étudiant spécial "Cinéfac" : 4€80


LES HEURES SOMBRES
de Joe Wright
avec Gary Oldman, Stephen Dillane, Lily James
GRANDE BRETAGNE - 2017 - 2h05 - VOST - Oscar 2018 du Meilleur acteur
Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque.
Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume- Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique : négocier un traité de paix avec l’Allemagne nazie et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout.
Avec le soutien de Clémentine, celle qu’il a épousée 31 ans auparavant, il se tourne vers le peuple britannique pour trouver la force de tenir et de se battre pour défendre les idéaux de son pays, sa liberté et son indépendance. Avec le pouvoir des mots comme ultime recours, et avec l’aide de son infatigable secrétaire, Winston Churchill doit composer et prononcer les discours qui rallieront son pays. Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.