ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
C’est pour rendre hommage à son grand-père qu’Emmanuel Courcol, dont c’est le premier long-métrage et que l’on connaît surtout comme coscénariste des films de Philippe Lioret, a eu le désir d’aborder cette période historique.
14-18 est la première guerre « moderne », tristement célèbre pour les séquelles physiques qu’elle laissa aux soldats. En revanche, peu de spécialistes se sont penchés sur les conséquences psychologiques de ce type de conflit, ce que l’on appelle désormais doctement « les troubles de stress post-traumatiques » dus à l’impossibilité, au retour dans la vie civile, de partager la violence subie.
De la guerre, on ne voit pas grand-chose. La scène d’ouverture d’un réalisme cru suffit à rendre compte de cette horreur sanglante. Puis tout se calme. On est en 1923, soit cinq ans après la fin de la guerre. On découvre un Paris déchaîné qui n’a qu’une hâte : tourner la page de cette période apocalyptique. L’argent des profiteurs coule à flot ; l’insouciance de la société, le luxe insolent des planqués et surtout l’arrogance de la nouvelle génération s’étalent partout. Pour Georges, homme blessé, austère et solitaire qui ne trouve plus sa place dans ce monde qu’il ne reconnaît pas, c’est insupportable.
Pour mettre à distance ses cauchemars, il s’exile en Haute-Volta, alors colonie française (devenue le Burkina Faso). Il fuit la guerre mais la retrouve toujours, même au fin fond du Sahel, où il est rattrapé par sa violence à lui. Même si l’on ne doute pas du respect qu’il nourrit pour Diofo, (merveilleux Wabinlé Nabié à l’intelligence aiguisée et au charme incontestable), son frère d’armes, il reste le soldat autoritaire habitué à commander des troupes. Troquant sa légendaire et délicate légèreté contre une démarche martiale et une arrogance conquérante à l’allure colonialiste, Romain Duris n’a aucun mal à nous convaincre du combat intérieur que mène contre lui-même cet homme pétri de la culture du XIXe siècle où l’on apprend à se maîtriser mais qui reste incapable de se projeter dans l’avenir.
C’est dans cet état d’esprit rigide que Georges aborde la maladie de Marcel, son frère qui pour se protéger de l’assourdissement des éclats d’obus trop longtemps subis, a choisi le silence. Grégory Gadebois, dont l’imposante stature contraste tendrement avec ce personnage d’enfant recroquevillé sur lui-même au regard apeuré, véhicule avec un talent sûr toute la subtilité de ce drame intelligemment écrit et délicatement mis en scène.
C’est sans ostentation et avec pudeur que le réalisateur s’applique à décrypter les déchirures de chacun de ses personnages. Les femmes, si elles ont été moins exposées, ne sont pas pour autant ressorties indemnes de ces années d’horreur. Sous des allures de femme libre et indépendante, renforcées par le jeu libre et spontané d’une Céline Salette, capable d’un seul regard de nous transporter dans un univers tragique, le personnage d’Hélène cache une grande fragilité acquise au contact de blessés que son métier d’infirmière l’a amenée à côtoyer durant la guerre. Face à elle, Madeleine, femme effacée du siècle dernier, incarnée par ce petit brin de femme frêle et délicat qu’est Julie-Marie Parmentier, use de tout son courage et toute sa bienveillance pour tenter de redonner le goût de la vie à son malheureux fiancé emmuré dans son mutisme. Ici, il n’est nullement question de héros, juste d’êtres humains qui, avec les moyens qui sont les leurs, tentent de se reconstruire après les mauvais coups que la vie leur a infligés.
Emmanuel Courcol ne se contente pas de nous offrir un regard élégant et sobre sur une période douloureuse de notre histoire. Il dresse aussi le tableau précis d’une époque contrastée, magnifiée par les éclairages de Tom Stern qui nous transporte des tranchées aux teintes de boues et de sang à la luxuriance de l’Afrique, en passant par les appartements gris des villes aux verdoyantes campagnes. Une excellence qui se retrouve jusque dans les superbes costumes colorés et brillants, reflets fidèles de ces Années folles, dont la priorité était bel et bien de cesser le feu.
Claudine Levanneur (avoiralire)
Ciné Rencontre
lundi 16 mars
à 10h00
en présence d'Alain Jacobzone. historien
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Séance organisée en collaboration avecUATL (Universite Angevine du Temps Libre)
CESSEZ-LE-FEU
de Emmanuel Courcol
Avec Romain Duris, Céline Sallette, Julie-Marie Parmentier
France - 2017 - 1h43
1923. Georges, héros de 14 fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu'il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d'Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée...
http://www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/cessez-le-feu/
A PROPOS
C’est pour rendre hommage à son grand-père qu’Emmanuel Courcol, dont c’est le premier long-métrage et que l’on connaît surtout comme coscénariste des films de Philippe Lioret, a eu le désir d’aborder cette période historique.
14-18 est la première guerre « moderne », tristement célèbre pour les séquelles physiques qu’elle laissa aux soldats. En revanche, peu de spécialistes se sont penchés sur les conséquences psychologiques de ce type de conflit, ce que l’on appelle désormais doctement « les troubles de stress post-traumatiques » dus à l’impossibilité, au retour dans la vie civile, de partager la violence subie.
De la guerre, on ne voit pas grand-chose. La scène d’ouverture d’un réalisme cru suffit à rendre compte de cette horreur sanglante. Puis tout se calme. On est en 1923, soit cinq ans après la fin de la guerre. On découvre un Paris déchaîné qui n’a qu’une hâte : tourner la page de cette période apocalyptique. L’argent des profiteurs coule à flot ; l’insouciance de la société, le luxe insolent des planqués et surtout l’arrogance de la nouvelle génération s’étalent partout. Pour Georges, homme blessé, austère et solitaire qui ne trouve plus sa place dans ce monde qu’il ne reconnaît pas, c’est insupportable.
Pour mettre à distance ses cauchemars, il s’exile en Haute-Volta, alors colonie française (devenue le Burkina Faso). Il fuit la guerre mais la retrouve toujours, même au fin fond du Sahel, où il est rattrapé par sa violence à lui. Même si l’on ne doute pas du respect qu’il nourrit pour Diofo, (merveilleux Wabinlé Nabié à l’intelligence aiguisée et au charme incontestable), son frère d’armes, il reste le soldat autoritaire habitué à commander des troupes. Troquant sa légendaire et délicate légèreté contre une démarche martiale et une arrogance conquérante à l’allure colonialiste, Romain Duris n’a aucun mal à nous convaincre du combat intérieur que mène contre lui-même cet homme pétri de la culture du XIXe siècle où l’on apprend à se maîtriser mais qui reste incapable de se projeter dans l’avenir.
C’est dans cet état d’esprit rigide que Georges aborde la maladie de Marcel, son frère qui pour se protéger de l’assourdissement des éclats d’obus trop longtemps subis, a choisi le silence. Grégory Gadebois, dont l’imposante stature contraste tendrement avec ce personnage d’enfant recroquevillé sur lui-même au regard apeuré, véhicule avec un talent sûr toute la subtilité de ce drame intelligemment écrit et délicatement mis en scène.
C’est sans ostentation et avec pudeur que le réalisateur s’applique à décrypter les déchirures de chacun de ses personnages. Les femmes, si elles ont été moins exposées, ne sont pas pour autant ressorties indemnes de ces années d’horreur. Sous des allures de femme libre et indépendante, renforcées par le jeu libre et spontané d’une Céline Salette, capable d’un seul regard de nous transporter dans un univers tragique, le personnage d’Hélène cache une grande fragilité acquise au contact de blessés que son métier d’infirmière l’a amenée à côtoyer durant la guerre. Face à elle, Madeleine, femme effacée du siècle dernier, incarnée par ce petit brin de femme frêle et délicat qu’est Julie-Marie Parmentier, use de tout son courage et toute sa bienveillance pour tenter de redonner le goût de la vie à son malheureux fiancé emmuré dans son mutisme. Ici, il n’est nullement question de héros, juste d’êtres humains qui, avec les moyens qui sont les leurs, tentent de se reconstruire après les mauvais coups que la vie leur a infligés.
Emmanuel Courcol ne se contente pas de nous offrir un regard élégant et sobre sur une période douloureuse de notre histoire. Il dresse aussi le tableau précis d’une époque contrastée, magnifiée par les éclairages de Tom Stern qui nous transporte des tranchées aux teintes de boues et de sang à la luxuriance de l’Afrique, en passant par les appartements gris des villes aux verdoyantes campagnes. Une excellence qui se retrouve jusque dans les superbes costumes colorés et brillants, reflets fidèles de ces Années folles, dont la priorité était bel et bien de cesser le feu.
Claudine Levanneur (avoiralire)

