CAMILLE - Boris Lojkine

A PROPOS

Camille Lepage a 25 ans. Elle est reporter de guerre. Elle est surtout téméraire et passionnée. Elle prend des photos dans des pays dévorés par la guerre, là où les jeunes de sa génération s’amusent dans les discothèques, rêvent à des jobs rémunérateurs et construisent leur vie amoureuse. Camille, non. Elle débarque en Centrafrique en 2013, où les communautés musulmanes et chrétiennes se livrent une guerre sanglante, manipulées par des groupuscules politiques. Le début du film ouvre le drame sur ce que l’on sait d’inéluctable : des militaires français croisent un groupe de jeunes mercenaires, qui traînent en guise de trophée, dans leur camion, les cadavres de rebelles africains, mêlés à celui de la jeune femme.
Camille Lepage a existé. Elle a été cette intrépide et courageuse qui a, en son temps, permis à Libé de couvrir le drame de la Centrafrique. Mais les médias vont d’un événement à l’autre, plus intéressés par le scoop que par le déchaînement de violence qui brutalise les peuples. Alors, la jeune fille refuse une proposition du journal et retourne en Centrafrique où, dit-elle, elle se demande, au milieu des massacres, ce qui la pousse à passer sa jeunesse dans un pays en guerre qui n’est pas le sien. Elle le paiera de sa vie. Elle sacrifiera ses jeunes années. Il y a dans ce personnage quelque chose de la figure d’une sainte. Elle aime le peuple africain et se rend compte qu’il est impossible de faire appel à la rationalité des guerriers. Les hommes sont emportés dans un conflit qui les dépasse, à l’intérieur duquel ils sont capables d’entonner des chants religieux les plus empathiques, puis de se réjouir d’avoir égorgé un combattant.
Camille ne se perd pas dans les longueurs. Le film va à l’essentiel. Les dialogues sont vifs, précis. Les reconstitutions des scènes de guerre ou de manifestations sont minimalistes. Mais le plus important se situe dans cette impossibilité à raisonner les guerriers qui sont convaincus du bien-fondé de leur guerre. Le spectre de la colonisation ancienne continue de ronger les cerveaux. La rationalité politique est incapable de maîtriser ces chiens fous, au nom de leur communautarisme religieux. Le réalisateur n’abuse pas des effets stylistiques. Il opte pour une mise en scène serrée et efficace. La comédienne, Nina Meurisse, investit ce rôle avec brio, sans jamais céder à la compassion ou à l’excès d’émotions. Elle donne chair à un personnage fougueux et raisonné à la fois, qui, à la fin de son existence, sent qu’elle a été trop loin dans son engagement.
La réussite du long métrage provient du fait que le réalisateur alterne en permanence des images et des films, issus du travail véritable de la journaliste. Le spectateur est alors saisi par l’intensité de ce génocide effroyable, dont on entend à peine parler aujourd’hui dans les médias français. Camille évoque avec dignité ces reporters-photographes qui offrent leur vie pour nous donner une information brute sur ce qui défigure nombre de pays. Il rend évidemment hommage à ces millions de Centrafricains que la guerre aura laissés égorgés sur des bords de chemin, dans l’indifférence complète du monde entier.
Laurent Cambon (avoiralire.com)

Hommage à Camille Lepage
mardi 23 avril 2024 à 20h00

En présence de Boris Lojkine, réalisateur

Séance organisée dans le cadre de l'hommage à Camille Lepage en collaboration avec l'association CAMILLE LEPAGE "On est ensemble", la ville d'Angers, l'Association Cinéma Parlant et le Festival Premiers Plans


CAMILLE

de Boris Lojkine

avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini
FRANCE - 2019 - 1h30 - Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Jeune photojournaliste éprise d'idéal, Camille part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Très vite, elle se passionne pour ce pays et sa jeunesse emportée par la tourmente. Désormais, son destin se jouera là-bas.

http://distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-prochainement/camille.html

A PROPOS

Camille Lepage a 25 ans. Elle est reporter de guerre. Elle est surtout téméraire et passionnée. Elle prend des photos dans des pays dévorés par la guerre, là où les jeunes de sa génération s’amusent dans les discothèques, rêvent à des jobs rémunérateurs et construisent leur vie amoureuse. Camille, non. Elle débarque en Centrafrique en 2013, où les communautés musulmanes et chrétiennes se livrent une guerre sanglante, manipulées par des groupuscules politiques. Le début du film ouvre le drame sur ce que l’on sait d’inéluctable : des militaires français croisent un groupe de jeunes mercenaires, qui traînent en guise de trophée, dans leur camion, les cadavres de rebelles africains, mêlés à celui de la jeune femme.
Camille Lepage a existé. Elle a été cette intrépide et courageuse qui a, en son temps, permis à Libé de couvrir le drame de la Centrafrique. Mais les médias vont d’un événement à l’autre, plus intéressés par le scoop que par le déchaînement de violence qui brutalise les peuples. Alors, la jeune fille refuse une proposition du journal et retourne en Centrafrique où, dit-elle, elle se demande, au milieu des massacres, ce qui la pousse à passer sa jeunesse dans un pays en guerre qui n’est pas le sien. Elle le paiera de sa vie. Elle sacrifiera ses jeunes années. Il y a dans ce personnage quelque chose de la figure d’une sainte. Elle aime le peuple africain et se rend compte qu’il est impossible de faire appel à la rationalité des guerriers. Les hommes sont emportés dans un conflit qui les dépasse, à l’intérieur duquel ils sont capables d’entonner des chants religieux les plus empathiques, puis de se réjouir d’avoir égorgé un combattant.
Camille ne se perd pas dans les longueurs. Le film va à l’essentiel. Les dialogues sont vifs, précis. Les reconstitutions des scènes de guerre ou de manifestations sont minimalistes. Mais le plus important se situe dans cette impossibilité à raisonner les guerriers qui sont convaincus du bien-fondé de leur guerre. Le spectre de la colonisation ancienne continue de ronger les cerveaux. La rationalité politique est incapable de maîtriser ces chiens fous, au nom de leur communautarisme religieux. Le réalisateur n’abuse pas des effets stylistiques. Il opte pour une mise en scène serrée et efficace. La comédienne, Nina Meurisse, investit ce rôle avec brio, sans jamais céder à la compassion ou à l’excès d’émotions. Elle donne chair à un personnage fougueux et raisonné à la fois, qui, à la fin de son existence, sent qu’elle a été trop loin dans son engagement.
La réussite du long métrage provient du fait que le réalisateur alterne en permanence des images et des films, issus du travail véritable de la journaliste. Le spectateur est alors saisi par l’intensité de ce génocide effroyable, dont on entend à peine parler aujourd’hui dans les médias français. Camille évoque avec dignité ces reporters-photographes qui offrent leur vie pour nous donner une information brute sur ce qui défigure nombre de pays. Il rend évidemment hommage à ces millions de Centrafricains que la guerre aura laissés égorgés sur des bords de chemin, dans l’indifférence complète du monde entier.
Laurent Cambon (avoiralire.com)