ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

FLOW, LE CHAT QUI N'AVAIT PLUS PEUR DE L'EAU - Avant-première jeune public / Estival Premiers Plans - 2024-08-25

Avant-première jeune public / Estival Premiers Plans - dimanche 25 août à 15h30

FLOW, LE CHAT QUI N'AVAIT PLUS PEUR DE L'EAU de Gints Zilbalodis

LA GUERRE EST DÉCLARÉE - Soirée rencontre - 2024-09-10

Soirée rencontre - mardi 10 septembre à 20h00

LA GUERRE EST DÉCLARÉE de Valérie Donzelli

LA THÉORIE DU BOXEUR - Ciné doc - 2024-09-19

Ciné doc - jeudi 19 septembre à 20h00

LA THÉORIE DU BOXEUR de Nathanaël Coste

BYE BYE TIBÉRIADE - Lina Soualem

A PROPOS

C’est un film de famille – des souvenirs fixés sur pellicule qui ravivent les joies et les souffrances passées, des plans d’une terre sur laquelle se sont succédées des générations de femmes. Mais aussi l’histoire, progressivement dévoilée de la révolte d’une jeune femme qui se résout à quitter sa terre et sa famille pour échapper au destin qu’on lui a préparé. Un enchevêtrement d’histoires, douces ou douloureuses, celles que l’on raconte ou que l’on cache quand la famille se retrouve.
La terre que la jeune femme, nommée Hiam Abbas, a quittée porte plusieurs noms : la famille Abbas est originaire de Tibériade, en Galilée. Sa grand-mère a donné naissance à ses enfants dans la Palestine occupée par les Anglais, sa mère a vécu et travaillé à trente kilomètres de Tibériade, à Deir Hanna un village où une partie des habitants palestiniens de la ville, chassés en 1948, ont trouvé un toit et un passeport israélien. L’album de famille est aussi un livre d’histoire.
Le premier film de Lina Soualem, Leur Algérie (2021), racontait la séparation tardive de ses grands-parents paternels, le père et la mère de l’acteur Zinedine Soualem, qui avaient passé la Méditerranée pour s’installer à Thiers (Puy-de-Dôme). On retrouve dans Bye Bye Tibériade l’extrême douceur du regard de la cinéaste et son insatiable curiosité, presque enfantine, sa volonté inflexible de faire dire ce qui a jusqu’ici été tu.
Lina Soualem fait ainsi de l’interrogatoire de sa mère la colonne vertébrale de Bye Bye Tibériade. Pour devenir actrice, pour garder sa liberté de femme, Hiam Abbas est partie pour l’Europe – Londres, puis Paris. Elle y est devenue une figure protéiforme, qui peut aussi bien tenir le premier rôle dans un film d’auteur tunisien ou palestinien que conseiller Alejandro Gonzalez Iñarritu ou Steven Spielberg sur une grande production hollywoodienne, monter sur scène une version de Médée avec les compagnons d’Emmaus que devenir l’épouse cupide de Logan Roy dans la série Succession.
Bye Bye Tiberiade est consacré en partie à l’analyse de l’ADN de cette énergie irrépressible. Um Ali, la grand-mère de l’actrice, couturière, assura seule l’éducation de ses enfants après la mort du patriarche de la famille, rendu fou de douleur par la perte de sa maison. Sa mère, Neemat, institutrice s’apprêtait à passer son diplôme dans une école catholique de Jerusalem lorsqu’elle fut expulsée, en 1948. Elle a enseigné en élevant les neuf frères et sœurs de Hiam Abbas.
En racontant, avec plus ou moins de réticence, ces épisodes à sa fille, qui trouve dans les archives familiales et historiques, des images qui font résonner les paroles, Hiam Abbas donne les raisons qui l’ont poussée à prendre le large : la condition des femmes dans la petite société de Deir Hanna, mais aussi la sensation d’enfermement, d’incomplétude que suscite le statut de citoyen de seconde classe.
Une terre qui n’est plus la leur
La tragédie se glisse dans tous les interstices de ce récit. Apparaît ainsi la figure de la tante Hasniyeh, qui dans la fuite provoquée par l’évacuation de Tibériade par l’armée israélienne a poursuivi son chemin et passé la frontière avec la Syrie, sans savoir qu’elle ne pourrait plus jamais retrouver les siens, jusqu’à ce que Hiam Abbas, désormais libre de ses mouvements, vienne lui rendre enfin visite, dans son camp de réfugiés. On comprend que cette césure entre les Palestiniens restés sur une terre qui n’est plus la leur et ceux qui ont été chassés encore plus loin, n’est pas étrangère non plus à la décision de Hiam Abbas de quitter Deir Hanna : son départ lui donne enfin accès au monde arabe jusqu’alors interdit.
C’est ainsi que l’on entend de plus en plus nettement le contrechant qui donne à ces images douces, souvent nostalgiques, une force, une violence que l’on ne peut ignorer. Ce film n’est pas seulement fait de souvenirs et de regrets, comme sa protagoniste il est mû par la colère, certes contenue, raisonnée, mais incurable.
Depuis le 7 octobre, Lina Soualem et Hiam Abbas n’ont pas voulu s’exprimer sur le nouvel acte de la tragédie qui se joue en ce moment. Bye Bye Tibériade remonte à sa source.
Thomas Sotinel (Le Monde)

Soirée Rencontre
lundi 26 février 2024 à 20h00

Présentation et débat en présence de l'AFPS 49


BYE BYE TIBÉRIADE

de Lina Soualem

Documentaire
PALESTINE - 2023 - 1h22 - VOST

Hiam Abbass a quitté son village palestinien pour réaliser son rêve de devenir actrice en Europe, laissant derrière elle sa mère, sa grand-mère et ses sept sœurs. Trente ans plus tard, sa fille Lina, réalisatrice, retourne avec elle sur les traces des lieux disparus et des mémoires dispersées de quatre générations de femmes palestiniennes. Véritable tissage d’images du présent et d’archives familiales et historiques, le film devient l’exploration de la transmission de mémoire, de lieux, de féminité, de résistance, dans la vie de femmes qui ont appris à tout quitter et à tout recommencer.

A PROPOS

C’est un film de famille – des souvenirs fixés sur pellicule qui ravivent les joies et les souffrances passées, des plans d’une terre sur laquelle se sont succédées des générations de femmes. Mais aussi l’histoire, progressivement dévoilée de la révolte d’une jeune femme qui se résout à quitter sa terre et sa famille pour échapper au destin qu’on lui a préparé. Un enchevêtrement d’histoires, douces ou douloureuses, celles que l’on raconte ou que l’on cache quand la famille se retrouve.
La terre que la jeune femme, nommée Hiam Abbas, a quittée porte plusieurs noms : la famille Abbas est originaire de Tibériade, en Galilée. Sa grand-mère a donné naissance à ses enfants dans la Palestine occupée par les Anglais, sa mère a vécu et travaillé à trente kilomètres de Tibériade, à Deir Hanna un village où une partie des habitants palestiniens de la ville, chassés en 1948, ont trouvé un toit et un passeport israélien. L’album de famille est aussi un livre d’histoire.
Le premier film de Lina Soualem, Leur Algérie (2021), racontait la séparation tardive de ses grands-parents paternels, le père et la mère de l’acteur Zinedine Soualem, qui avaient passé la Méditerranée pour s’installer à Thiers (Puy-de-Dôme). On retrouve dans Bye Bye Tibériade l’extrême douceur du regard de la cinéaste et son insatiable curiosité, presque enfantine, sa volonté inflexible de faire dire ce qui a jusqu’ici été tu.
Lina Soualem fait ainsi de l’interrogatoire de sa mère la colonne vertébrale de Bye Bye Tibériade. Pour devenir actrice, pour garder sa liberté de femme, Hiam Abbas est partie pour l’Europe – Londres, puis Paris. Elle y est devenue une figure protéiforme, qui peut aussi bien tenir le premier rôle dans un film d’auteur tunisien ou palestinien que conseiller Alejandro Gonzalez Iñarritu ou Steven Spielberg sur une grande production hollywoodienne, monter sur scène une version de Médée avec les compagnons d’Emmaus que devenir l’épouse cupide de Logan Roy dans la série Succession.
Bye Bye Tiberiade est consacré en partie à l’analyse de l’ADN de cette énergie irrépressible. Um Ali, la grand-mère de l’actrice, couturière, assura seule l’éducation de ses enfants après la mort du patriarche de la famille, rendu fou de douleur par la perte de sa maison. Sa mère, Neemat, institutrice s’apprêtait à passer son diplôme dans une école catholique de Jerusalem lorsqu’elle fut expulsée, en 1948. Elle a enseigné en élevant les neuf frères et sœurs de Hiam Abbas.
En racontant, avec plus ou moins de réticence, ces épisodes à sa fille, qui trouve dans les archives familiales et historiques, des images qui font résonner les paroles, Hiam Abbas donne les raisons qui l’ont poussée à prendre le large : la condition des femmes dans la petite société de Deir Hanna, mais aussi la sensation d’enfermement, d’incomplétude que suscite le statut de citoyen de seconde classe.
Une terre qui n’est plus la leur
La tragédie se glisse dans tous les interstices de ce récit. Apparaît ainsi la figure de la tante Hasniyeh, qui dans la fuite provoquée par l’évacuation de Tibériade par l’armée israélienne a poursuivi son chemin et passé la frontière avec la Syrie, sans savoir qu’elle ne pourrait plus jamais retrouver les siens, jusqu’à ce que Hiam Abbas, désormais libre de ses mouvements, vienne lui rendre enfin visite, dans son camp de réfugiés. On comprend que cette césure entre les Palestiniens restés sur une terre qui n’est plus la leur et ceux qui ont été chassés encore plus loin, n’est pas étrangère non plus à la décision de Hiam Abbas de quitter Deir Hanna : son départ lui donne enfin accès au monde arabe jusqu’alors interdit.
C’est ainsi que l’on entend de plus en plus nettement le contrechant qui donne à ces images douces, souvent nostalgiques, une force, une violence que l’on ne peut ignorer. Ce film n’est pas seulement fait de souvenirs et de regrets, comme sa protagoniste il est mû par la colère, certes contenue, raisonnée, mais incurable.
Depuis le 7 octobre, Lina Soualem et Hiam Abbas n’ont pas voulu s’exprimer sur le nouvel acte de la tragédie qui se joue en ce moment. Bye Bye Tibériade remonte à sa source.
Thomas Sotinel (Le Monde)