ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
En prolo vieillissant et veuf rongé par la culpabilité, confronté à son fils sorti de prison (Patrick Dewaere), le réalisateur Yves Robert trouvait sans doute son meilleur rôle. Un personnage fort, imaginé sur mesure par son ami et complice Claude Sautet.
Le film aurait pu s’intituler Les Choses qu’on dit, les choses qu’on tait… La deuxième proposition, celle des sentiments celés, des secrets étouffés, des plaintes ravalées et des tourments à bas bruit, l’emporte largement sur la première. Dans Un mauvais fils (1980), il n’est question que de cela, la difficulté de parler ou le regret de l’avoir fait, une fois qu’il est trop tard, une fois qu’on a blessé l’autre. Le titre est trompeur, de toute façon, puisque c’est surtout un « mauvais » père que l’on voit. Claude Sautet, las d’avoir tant ausculté sa génération, épouse nettement le point de vue et la cause du fils prodigue, incarné par Patrick Dewaere, face à l’ours mal léché qui lui sert de paternel. Pour incarner ce dernier, le réalisateur de Vincent, François, Paul et les autres… a fait appel à un (bon)homme cher à son cœur, doublé d’un confrère connu pour ses films joyeux, Yves Robert. Dont on oublie parfois qu’il fut aussi un acteur et qui trouve ici, peut-être, son rôle le plus fort. Une manière de Tchao pantin, toutes proportions gardées.
« Tourner avec mon ami Sautet, j’en rêvais depuis longtemps, confie Yves Robert au Figaro sur le plateau d’Un mauvais fils, au printemps 1980. Quand il m’a fait signe, je ne me suis posé qu’une seule question : suis-je capable de jouer ce rôle et de le jouer comme l’imagine Sautet ? Car lorsqu’il vous regarde, on sent qu’il vous compare au personnage qu’il cherche à montrer. On se sent exister dans sa tête. Il m’a demandé de me couper un peu les cheveux pour dégager le front, de me coiffer avec une raie bien droite sur le côté. »
“Yves Robert s’imposait comme une évidence, avec ce langage particulier où se mêlent son origine paysanne et sa formation d’ancien typographe.” Claude Sautet
La raie « bien droite », le pull camionneur, la canadienne, autant de pistes pour esquisser le portrait de René, prolo vieillissant et veuf rongé de culpabilité, dont le rejeton rentre au bercail après six ans d’absence pour cause de prison. « Un mur de conformisme archaïque et des principes en béton », pour reprendre les mots de Sautet (1), voilà à quoi se heurte Bruno à sa sortie. Entre les deux hommes, la mère morte et un océan de non-dits. À la fragilité juvénile d’un Dewaere sans moustache, le jovial Yves Robert oppose une sobriété sévère, une raideur brutale, un « non-jeu » dira-t-il plus tard. Sautet, qui pensait son casting dès l’écriture du scénario, confiera pour sa part à Michel Boujut (1) : « Une fois arrêté le choix de Patrick, Yves Robert s’imposait comme une évidence, avec ce langage particulier où se mêlent son origine paysanne et sa formation d’ancien typographe. Ils allaient bien ensemble. On devait sentir qu’ils étaient du même sang, malgré le mur qui les séparait. » Peut-être aussi que, dans ce film de rupture – deux ans après Une histoire simple, Sautet changeait de ton, d’acteurs, d’équipe… –, il faisait bon garder près de soi un allié indéfectible ?
Marie Sauvion (Télérama)
Dans le rétro
jeudi 9 juillet
à 16h00
présenté par Christian Viviani, Professeur émérite de l'Université de Normandie, coordinateur de la revue POSITIF
UN MAUVAIS FILS
de Claude Sautet
Avec Patrick Dewaere, Yves Robert, Brigitte Fossey...
France - 1980 - 1h50 - Réédition - Version restaurée 4K
Bruno Calgani revient en France après avoir purgé cinq ans de prison dans un pénitencier américain pour trafic et usage de stupéfiants. A Roissy, la police l'informe des contrôles qu'il devra subir. Sans logement, Bruno se rend chez son père, René, ouvrier dans le bâtiment. Les retrouvailles ne sont pas chaleureuses. La mère du jeune homme est morte pendant sa détention et René en rend son fils responsable…
A PROPOS
En prolo vieillissant et veuf rongé par la culpabilité, confronté à son fils sorti de prison (Patrick Dewaere), le réalisateur Yves Robert trouvait sans doute son meilleur rôle. Un personnage fort, imaginé sur mesure par son ami et complice Claude Sautet.
Le film aurait pu s’intituler Les Choses qu’on dit, les choses qu’on tait… La deuxième proposition, celle des sentiments celés, des secrets étouffés, des plaintes ravalées et des tourments à bas bruit, l’emporte largement sur la première. Dans Un mauvais fils (1980), il n’est question que de cela, la difficulté de parler ou le regret de l’avoir fait, une fois qu’il est trop tard, une fois qu’on a blessé l’autre. Le titre est trompeur, de toute façon, puisque c’est surtout un « mauvais » père que l’on voit. Claude Sautet, las d’avoir tant ausculté sa génération, épouse nettement le point de vue et la cause du fils prodigue, incarné par Patrick Dewaere, face à l’ours mal léché qui lui sert de paternel. Pour incarner ce dernier, le réalisateur de Vincent, François, Paul et les autres… a fait appel à un (bon)homme cher à son cœur, doublé d’un confrère connu pour ses films joyeux, Yves Robert. Dont on oublie parfois qu’il fut aussi un acteur et qui trouve ici, peut-être, son rôle le plus fort. Une manière de Tchao pantin, toutes proportions gardées.
« Tourner avec mon ami Sautet, j’en rêvais depuis longtemps, confie Yves Robert au Figaro sur le plateau d’Un mauvais fils, au printemps 1980. Quand il m’a fait signe, je ne me suis posé qu’une seule question : suis-je capable de jouer ce rôle et de le jouer comme l’imagine Sautet ? Car lorsqu’il vous regarde, on sent qu’il vous compare au personnage qu’il cherche à montrer. On se sent exister dans sa tête. Il m’a demandé de me couper un peu les cheveux pour dégager le front, de me coiffer avec une raie bien droite sur le côté. »
“Yves Robert s’imposait comme une évidence, avec ce langage particulier où se mêlent son origine paysanne et sa formation d’ancien typographe.” Claude Sautet
La raie « bien droite », le pull camionneur, la canadienne, autant de pistes pour esquisser le portrait de René, prolo vieillissant et veuf rongé de culpabilité, dont le rejeton rentre au bercail après six ans d’absence pour cause de prison. « Un mur de conformisme archaïque et des principes en béton », pour reprendre les mots de Sautet (1), voilà à quoi se heurte Bruno à sa sortie. Entre les deux hommes, la mère morte et un océan de non-dits. À la fragilité juvénile d’un Dewaere sans moustache, le jovial Yves Robert oppose une sobriété sévère, une raideur brutale, un « non-jeu » dira-t-il plus tard. Sautet, qui pensait son casting dès l’écriture du scénario, confiera pour sa part à Michel Boujut (1) : « Une fois arrêté le choix de Patrick, Yves Robert s’imposait comme une évidence, avec ce langage particulier où se mêlent son origine paysanne et sa formation d’ancien typographe. Ils allaient bien ensemble. On devait sentir qu’ils étaient du même sang, malgré le mur qui les séparait. » Peut-être aussi que, dans ce film de rupture – deux ans après Une histoire simple, Sautet changeait de ton, d’acteurs, d’équipe… –, il faisait bon garder près de soi un allié indéfectible ?
Marie Sauvion (Télérama)

