ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
Commande des Studios Universal, qui voulaient adapter un roman de Whit Masterson, La soif du mal fut confié à Orson Welles, sous l’insistance de Charlton Heston. Il est tout à l’honneur du futur interprète de Ben-Hur d’avoir favorisé cette initiative, ce qui va à l’encontre de l’étiquette de réactionnaire trop souvent collée à l’acteur depuis Bowling for Columbine, et que confirment certains commentaires sarcastiques à l’occasion de la reprise des Dix Commandements... Charlton Heston, acteur talentueux dirigé par des cinéastes aussi divers que King Vidor ou Richard Fleischer, est ici parfait en policier intègre, victime de xénophobie et prêt à tout pour faire triompher la vérité et la vie de sa frêle épouse. Dans ce rôle central, Janet Leigh, harcelée et droguée, subit des outrages qui anticipent son sort tragique dans Psychose.
La séquence où, dans un motel sordide, elle est agressée par un bellâtre local (Valentin de Vargas) et une meute de loubards dont Mercedes McCambridge (ressuscitée lors de la restauration de 1998), est à ce titre terrifiante. La pureté du couple qu’elle forme avec le policier Vargas contraste avec la noirceur des parrains locaux (Akim Tamiroff) et surtout de Quinlan. Ce personnage permet à Orson Welles de compléter la galerie de ses grands seigneurs méchants hommes, de Citizen Kane à Falstaff. Transcendant les conventions du film de genre, Welles fait de La soif du mal un thriller conforme à son univers, ce qu’atteste d’emblée l’époustouflant plan séquence d’exposition, qui voit un couple se déplacer le long d’une avenue, au même moment où une voiture conduite par un notable et une strip-teaseuse (Joi Lansing) s’apprête à exploser...
Le polar qui défile alors sous nos yeux sera jusqu’au dénouement un exercice de style de haute tenue, avec ces plongées et contre-plongées faisant ressortir le côté sordide des personnages et des situations, ainsi que son montage elliptique dans la lignée des fulgurances de La dame de Shanghai. Exploitant avec brio la partition jazz de Henry Mancini et la photo somptueuse de Russell Metty, Orson Welles réalise donc un nouveau coup de maître, proposant de surcroit aux Studios un casting déconcertant, de Marlene Dietrich en diseuse de bonne aventure à l’ex-starlette Zsa Zsa Gabor apparaissant dix secondes pour incarner la tenancière d’une boite de nuit... Le film fit peur aux producteurs, qui le remanièrent dans une version non conforme aux vœux de Welles. Il faudra attendre quarante ans pour que les Studios Universal fassent repentance et se décident à une restauration conforme au montage initial, à des fins artistiques tant que commerciales, n’en doutons pas...
Gérard Crespo (avoiralire.com)
Dans le rétro
jeudi 28 mai
à 16h00
présenté par Christian Viviani, Professeur émérite de l'Université de Normandie, coordinateur de la revue POSITIF
LA SOIF DU MAL
de Orson Welles
Avec Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles
USA - 1958 - 1h51 - VOST - Réédition - Version restaurée 4K
L'explosion d'une bombe dans le secteur américain de Los Robles, petite ville frontalière entre les États-Unis et le Mexique, fait craindre des complications entre les deux pays. Le procureur mexicain, Miguel Vargas, alors en voyage de noces, décide de s'investir dans l'enquête et découvre les méthodes peu recommandables de l'inspecteur américain Hank Quinlan. Vargas et sa femme se retrouvent pris au piège entre une police locale corrompue et les gangs de la région.
A PROPOS
Commande des Studios Universal, qui voulaient adapter un roman de Whit Masterson, La soif du mal fut confié à Orson Welles, sous l’insistance de Charlton Heston. Il est tout à l’honneur du futur interprète de Ben-Hur d’avoir favorisé cette initiative, ce qui va à l’encontre de l’étiquette de réactionnaire trop souvent collée à l’acteur depuis Bowling for Columbine, et que confirment certains commentaires sarcastiques à l’occasion de la reprise des Dix Commandements... Charlton Heston, acteur talentueux dirigé par des cinéastes aussi divers que King Vidor ou Richard Fleischer, est ici parfait en policier intègre, victime de xénophobie et prêt à tout pour faire triompher la vérité et la vie de sa frêle épouse. Dans ce rôle central, Janet Leigh, harcelée et droguée, subit des outrages qui anticipent son sort tragique dans Psychose.
La séquence où, dans un motel sordide, elle est agressée par un bellâtre local (Valentin de Vargas) et une meute de loubards dont Mercedes McCambridge (ressuscitée lors de la restauration de 1998), est à ce titre terrifiante. La pureté du couple qu’elle forme avec le policier Vargas contraste avec la noirceur des parrains locaux (Akim Tamiroff) et surtout de Quinlan. Ce personnage permet à Orson Welles de compléter la galerie de ses grands seigneurs méchants hommes, de Citizen Kane à Falstaff. Transcendant les conventions du film de genre, Welles fait de La soif du mal un thriller conforme à son univers, ce qu’atteste d’emblée l’époustouflant plan séquence d’exposition, qui voit un couple se déplacer le long d’une avenue, au même moment où une voiture conduite par un notable et une strip-teaseuse (Joi Lansing) s’apprête à exploser...
Le polar qui défile alors sous nos yeux sera jusqu’au dénouement un exercice de style de haute tenue, avec ces plongées et contre-plongées faisant ressortir le côté sordide des personnages et des situations, ainsi que son montage elliptique dans la lignée des fulgurances de La dame de Shanghai. Exploitant avec brio la partition jazz de Henry Mancini et la photo somptueuse de Russell Metty, Orson Welles réalise donc un nouveau coup de maître, proposant de surcroit aux Studios un casting déconcertant, de Marlene Dietrich en diseuse de bonne aventure à l’ex-starlette Zsa Zsa Gabor apparaissant dix secondes pour incarner la tenancière d’une boite de nuit... Le film fit peur aux producteurs, qui le remanièrent dans une version non conforme aux vœux de Welles. Il faudra attendre quarante ans pour que les Studios Universal fassent repentance et se décident à une restauration conforme au montage initial, à des fins artistiques tant que commerciales, n’en doutons pas...
Gérard Crespo (avoiralire.com)

