ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
«Mon métier, si c’était une musique, ce serait Les Quatre saisons de Vivaldi, lance Estelle, orthoprothésiste. Car les patients arrivent, les saisons passent, puis ils repartent.» C’est d’ailleurs une des musiques qui fait partie de la bande-son du film Dis-moi sur quel pied tu danses * qui vient de sortir. Tel est le quotidien du service de réadaptation des personnes amputées de Coubert, en Seine-et-Marne. C’est là que Philippe Ménard, danseur et chorégraphe, a posé sa caméra pour sublimer l’activité du lieu et ses habitants, soignants comme patients.
On y croise Noëllie, kinésithérapeute, qui danse dans les couloirs de l’hôpital. Elle est bientôt rejointe par Olivier, motard, qui a perdu sa jambe gauche dans un accident. Enfin appareillé après cinq ans en fauteuil, pour lui la prothèse est synonyme de liberté de mouvements.
On y voit aussi Adeline, infirmière, qui s’amuse à dessiner des lapins sur les pansements des patients. «Ça les aide à accepter de ne plus avoir de jambe». On est surtout bluffé par Djibril, la mascotte de l’hôpital, amputé des quatre membres voici cinq ans, heureux de faire découvrir sa main bionique et qui danse avec ses bras sous les arbres dans le parc. «Ma famille souffre plus que moi; je suis obligé de leur remonter le moral car pour moi, la vie est seulement différente», confie-t-il.
Dans ce long-métrage, des ballons colorés s’envolent, une boule à facettes tourne, des patients et soignants dansent dans leur atelier, dans les couloirs, sur le toit ou dans le parc de l’hôpital.
Cette galerie de portraits filmée avec poésie évoque la liberté, avec ou sans jambes, avec ou sans prothèse. Quels qu’ils soient, les corps s’expriment avec grâce. «Ce n’est pas un film sur le handicap mais un film sur le désir, qui s’adresse au plus grand nombre», tient à préciser son réalisateur Philippe Ménard. Ce dernier a l’art de susciter un profond sentiment de joie en évoquant un sujet pourtant difficile.
C’était «un pari fou», reconnaît Bertrand Guerry, producteur exécutif du film. En effet, pour le tourner, Philippe Ménard a passé quatre ans dans ce service hospitalier. Ce même centre où le chanteur Grand Corps malade a été pris en charge après son accident, voici vingt ans, et où a été tourné le film adapté de son livre, Patients. Car il a fallu se glisser dans les interstices de l’emploi du temps des soignants, telle une petite souris, tâche ô combien ardue quand on connaît les rythmes de travail à l’hôpital. «Il a fallu jongler avec les plannings, ce qui a été assez acrobatique», explique ce dernier.
Si c’est son premier long métrage, Philippe Ménard a déjà réalisé plusieurs documentaires, en lien avec l’univers médico-social, avec lequel il a déjà beaucoup travaillé, que ce soit en hôpital psychiatrique, en hôpital de jour ou en Esat (établissements et services d’accompagnement par le travail). Et la qualité de son travail a été reconnue dans le monde entier, puisque ce long-métrage a été primé et sélectionné par une vingtaine de de festivals à l’international.
Ce film à petit budget, soutenu notamment par la Drac Île-de-France, n’est pas encore programmé dans tous les cinémas, loin s’en faut, même s’il est notamment à l’affiche de l’Espace Saint-Michel, à Paris, et en région parisienne. Mais de nombreuses projections sont prévues tout au long de l’année, non seulement dans les salles obscures mais également dans des collèges, lycées et écoles de formation aux métiers médico-sociaux. «Les protagonistes participent d’ailleurs volontiers à ces événements car ils sont fiers de ce qu’ils ont fait», affirme son réalisateur. Ils ont de quoi.
Caroline De Malet (Le Figaro)
Ciné Doc
lundi 11 mai
à 20h00
en présence de Philippe Ménard, réalisateur
DIS-MOI SUR QUEL PIED TU DANSES
de Philippe Ménard
Documentaire
France - 2025 - 1h12
Dis-moi sur quel pied tu danses est une immersion au sein d’un service de réadaptation pour personnes amputées, où le manque d’un membre devient moteur de désirs et de créativité. À travers 20 portraits mêlant témoignages, danse et poésie, patient·e·s et soignant·e·s s’engagent dans un dialogue qui révèle la force de l’élan vital. Porté par le regard chorégraphique de Philippe Ménard, où humour et décalage libèrent les corps, ce film célèbre la capacité de chacun·e à se réinventer et à avancer.
https://www.mitiki.com/image/dis-moi-sur-quel-pied-tu-danses/
A PROPOS
«Mon métier, si c’était une musique, ce serait Les Quatre saisons de Vivaldi, lance Estelle, orthoprothésiste. Car les patients arrivent, les saisons passent, puis ils repartent.» C’est d’ailleurs une des musiques qui fait partie de la bande-son du film Dis-moi sur quel pied tu danses * qui vient de sortir. Tel est le quotidien du service de réadaptation des personnes amputées de Coubert, en Seine-et-Marne. C’est là que Philippe Ménard, danseur et chorégraphe, a posé sa caméra pour sublimer l’activité du lieu et ses habitants, soignants comme patients.
On y croise Noëllie, kinésithérapeute, qui danse dans les couloirs de l’hôpital. Elle est bientôt rejointe par Olivier, motard, qui a perdu sa jambe gauche dans un accident. Enfin appareillé après cinq ans en fauteuil, pour lui la prothèse est synonyme de liberté de mouvements.
On y voit aussi Adeline, infirmière, qui s’amuse à dessiner des lapins sur les pansements des patients. «Ça les aide à accepter de ne plus avoir de jambe». On est surtout bluffé par Djibril, la mascotte de l’hôpital, amputé des quatre membres voici cinq ans, heureux de faire découvrir sa main bionique et qui danse avec ses bras sous les arbres dans le parc. «Ma famille souffre plus que moi; je suis obligé de leur remonter le moral car pour moi, la vie est seulement différente», confie-t-il.
Dans ce long-métrage, des ballons colorés s’envolent, une boule à facettes tourne, des patients et soignants dansent dans leur atelier, dans les couloirs, sur le toit ou dans le parc de l’hôpital.
Cette galerie de portraits filmée avec poésie évoque la liberté, avec ou sans jambes, avec ou sans prothèse. Quels qu’ils soient, les corps s’expriment avec grâce. «Ce n’est pas un film sur le handicap mais un film sur le désir, qui s’adresse au plus grand nombre», tient à préciser son réalisateur Philippe Ménard. Ce dernier a l’art de susciter un profond sentiment de joie en évoquant un sujet pourtant difficile.
C’était «un pari fou», reconnaît Bertrand Guerry, producteur exécutif du film. En effet, pour le tourner, Philippe Ménard a passé quatre ans dans ce service hospitalier. Ce même centre où le chanteur Grand Corps malade a été pris en charge après son accident, voici vingt ans, et où a été tourné le film adapté de son livre, Patients. Car il a fallu se glisser dans les interstices de l’emploi du temps des soignants, telle une petite souris, tâche ô combien ardue quand on connaît les rythmes de travail à l’hôpital. «Il a fallu jongler avec les plannings, ce qui a été assez acrobatique», explique ce dernier.
Si c’est son premier long métrage, Philippe Ménard a déjà réalisé plusieurs documentaires, en lien avec l’univers médico-social, avec lequel il a déjà beaucoup travaillé, que ce soit en hôpital psychiatrique, en hôpital de jour ou en Esat (établissements et services d’accompagnement par le travail). Et la qualité de son travail a été reconnue dans le monde entier, puisque ce long-métrage a été primé et sélectionné par une vingtaine de de festivals à l’international.
Ce film à petit budget, soutenu notamment par la Drac Île-de-France, n’est pas encore programmé dans tous les cinémas, loin s’en faut, même s’il est notamment à l’affiche de l’Espace Saint-Michel, à Paris, et en région parisienne. Mais de nombreuses projections sont prévues tout au long de l’année, non seulement dans les salles obscures mais également dans des collèges, lycées et écoles de formation aux métiers médico-sociaux. «Les protagonistes participent d’ailleurs volontiers à ces événements car ils sont fiers de ce qu’ils ont fait», affirme son réalisateur. Ils ont de quoi.
Caroline De Malet (Le Figaro)

