ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
Présenté en avant-première au Festival américain de Sundance en juin 2007, mais également élaboré dans les ateliers mis à disposition des cinéastes débutants par l’institut de Robert Redford, Eagle vs Shark peine tout d’abord à s’affranchir de l’influence des parangons du genre, à savoir Wes Anderson (Rushmore, La famille Tenenbaum) ou encore Jared Hess (Napoleon Dynamite, l’œuvre matrice semble-t-il). Fixité des cadres et compositions maniaques, bande originale pop et néo-baroque, atmosphère cotonneuse, sublimation du kitsch, placidité des personnages : on retrouve chez Taika Waititi la plupart des stigmates de la comédie dépressive moderne. Faussaire intelligent certes, mais pas toujours d’une subtilité folle, Waititi va également puiser quelques thèmes chez ses confrères : l’incapacité pathologique des personnages principaux à enterrer partiellement une enfance traumatisée, l’éclatement des structures familiales en guise d’étouffoir social et, par-dessus tout, une galerie de protagonistes inaptes à toute forme de communication. Jusque dans ses idées originales, le scénario peine à évacuer totalement la caricature.
On pense notamment à cette scène pivot qui voit Lily gagner le respect de Jarrod au cours d’une compétition de jeux vidéo. Au fait de la vague rétro gaming qui sévissait déjà en 2007, Waititi choisit évidemment un jeu de baston 2D (du reste fictionnel) pour ajouter une caution geek au cliché déjà bien appuyé du trentenaire marginal, avec T-shirt à message et cordon ombilical apparent.
C’est en fait dans ses dérapages que le film s’épanouit, lorsqu’un humour gratuit et rugueux se fait jour (le meurtre absurde d’une mouette, la bastonnade d’une ancienne brute de maternelle devenue paraplégique) ou lorsque une mise en scène enfin ingénieuse utilise le hors-champ pour amener un contre-pied bienvenu (on pense par exemple au gag du frère de Lily, présent tout au long d’une scène de dialogue intime entre les deux amants mais n’apparaissant qu’au tout dernier moment, alors que sa sœur l’interroge inopinément).
Il nous faut également saluer la performance de Jemaine Clement, bonne moitié du duo de Flight of the conchords, jouissif dans son interprétation de mythomane infantile et passé maître dans l’art d’embarrasser profondément le spectateur. La mise en orbite du film correspond de fait à la focalisation tardive du récit sur son personnage, infiniment plus consistant que Lily, bouc-émissaire de l’existence dont la transparence squattait jusqu’ici vainement l’écran (de façon totalement logique bien entendu). On vous recommande donc Eagle vs shark pour sa véritable richesse : le portrait que dresse Clement d’un grand gamin déviant, dont les lamentables bravades (entrainement de fake-fu dans les vagues, démonstration de rebonds sur la table basse, chronométrage de l’installation d’une tente) tutoient le génie dans leur indépassable alliance d’une estime de soi stratosphérique et d’un pathétique abyssal. Bon, d’accord, il y a aussi une poursuite de sacs de couchage en stop motion qui vaut le détour.
François Blet (avoiralire.com)
Séance spéciale / Fête du cinéma
mardi 30 juin
à 20h00
Séance unique du 1er film de Taika Waititi, l'auteur de Jojo Rabbit et Vampires en toute intimité
Tarif Fête du cinéma 5€ la place
EAGLE VS SHARK
de Taika Waititi
avec Jemaine Clement, Loren Horsley, Taika Waititi
Nouvelle-Zélande - 2007 - 1h33 - VOST
À Wellington, Lily caissière timide dans un fast-food, tombe sous le charme de Jarrod, un client régulier un peu renfermé, vendeur dans un magasin vidéoclub. Leur rencontre, aussi maladroite que touchante, donne naissance à une romance improbable entre deux jeunes adultes en marge. Mais cette romance est menacée lorsque Jarrod, hanté par le harcèlement qu’il a subi enfant, se lance dans une vengeance qui va tout faire basculer.
A PROPOS
Présenté en avant-première au Festival américain de Sundance en juin 2007, mais également élaboré dans les ateliers mis à disposition des cinéastes débutants par l’institut de Robert Redford, Eagle vs Shark peine tout d’abord à s’affranchir de l’influence des parangons du genre, à savoir Wes Anderson (Rushmore, La famille Tenenbaum) ou encore Jared Hess (Napoleon Dynamite, l’œuvre matrice semble-t-il). Fixité des cadres et compositions maniaques, bande originale pop et néo-baroque, atmosphère cotonneuse, sublimation du kitsch, placidité des personnages : on retrouve chez Taika Waititi la plupart des stigmates de la comédie dépressive moderne. Faussaire intelligent certes, mais pas toujours d’une subtilité folle, Waititi va également puiser quelques thèmes chez ses confrères : l’incapacité pathologique des personnages principaux à enterrer partiellement une enfance traumatisée, l’éclatement des structures familiales en guise d’étouffoir social et, par-dessus tout, une galerie de protagonistes inaptes à toute forme de communication. Jusque dans ses idées originales, le scénario peine à évacuer totalement la caricature.
On pense notamment à cette scène pivot qui voit Lily gagner le respect de Jarrod au cours d’une compétition de jeux vidéo. Au fait de la vague rétro gaming qui sévissait déjà en 2007, Waititi choisit évidemment un jeu de baston 2D (du reste fictionnel) pour ajouter une caution geek au cliché déjà bien appuyé du trentenaire marginal, avec T-shirt à message et cordon ombilical apparent.
C’est en fait dans ses dérapages que le film s’épanouit, lorsqu’un humour gratuit et rugueux se fait jour (le meurtre absurde d’une mouette, la bastonnade d’une ancienne brute de maternelle devenue paraplégique) ou lorsque une mise en scène enfin ingénieuse utilise le hors-champ pour amener un contre-pied bienvenu (on pense par exemple au gag du frère de Lily, présent tout au long d’une scène de dialogue intime entre les deux amants mais n’apparaissant qu’au tout dernier moment, alors que sa sœur l’interroge inopinément).
Il nous faut également saluer la performance de Jemaine Clement, bonne moitié du duo de Flight of the conchords, jouissif dans son interprétation de mythomane infantile et passé maître dans l’art d’embarrasser profondément le spectateur. La mise en orbite du film correspond de fait à la focalisation tardive du récit sur son personnage, infiniment plus consistant que Lily, bouc-émissaire de l’existence dont la transparence squattait jusqu’ici vainement l’écran (de façon totalement logique bien entendu). On vous recommande donc Eagle vs shark pour sa véritable richesse : le portrait que dresse Clement d’un grand gamin déviant, dont les lamentables bravades (entrainement de fake-fu dans les vagues, démonstration de rebonds sur la table basse, chronométrage de l’installation d’une tente) tutoient le génie dans leur indépassable alliance d’une estime de soi stratosphérique et d’un pathétique abyssal. Bon, d’accord, il y a aussi une poursuite de sacs de couchage en stop motion qui vaut le détour.
François Blet (avoiralire.com)

