ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

A PROPOS
S’inspirant de son histoire familiale, Emmanuel Marre fait coup double dans ce formidable film. Derrière un réquisitoire aussi fin qu’implacable contre l’abandon des valeurs politiques sur l’autel de l’économie se niche le portrait grinçant d’un arriviste veule.
« Moi aussi, j’aimerais être remarqué. » Lorsque Henri Marre, le personnage principal de Notre salut, fait enfin cet aveu, il l’adresse dans l’intimité d’une cuisine. Son épouse vient de confier n’être pas insensible à un inconnu croisé dans les files d’attente de rationnement, en cette énième année d’Occupation. Mais il n’y a pas que son regard que Henri rêve d’attirer.
Dès la scène d’ouverture, ce petit ingénieur sans charisme s’incruste dans les conversations d’hommes plus importants que lui, tente d’attirer l’attention sur ses travaux et ses idées – une foi sans faille dans le Maréchal Pétain – pour décrocher un poste à Vichy. Il en trouvera un à Limoges, sous la tutelle du ministère du Travail. Sera en première ligne pour participer à la collaboration. Et constater, sans broncher, la chute de l’Etat de droit et de toutes les valeurs politiques.
Si, a priori, Notre salut n’a rien à voir avec Rien à foutre, le précédent film d’Emmanuel Marre coréalisé avec Julie Lecoustre, celui-ci poursuit sa critique de la toute-puissance de l’économie sur le politique. L’uberisation phagocytait l’héroïne (incarnée par Adèle Exarchopoulos) dans son premier long-métrage ; le management est mis au service du fascisme dans celui-ci. Le point de vue est limpide sans être asséné, la marque des grandes œuvres. Le cinéaste, qui s’inspire de l’histoire de son grand-père, a l’intelligence de ne pas enfermer la sienne dans une mise en scène naphtalinée trop fréquente avec les fresques historiques.
Il filme caméra à l’épaule, comme un mockumentaire, le ballet pathétique de petits fonctionnaires sans morale. Un pas de côté audacieux qui libère ses acteurs, Swann Arlaud en tête, dans de longues scènes parfois improvisées. L’ultime coup d’éclat ne se voit pas mais se fait entendre. Le placage de l’entraînant « Life is Life » sur une foule en délire devant Pétain rappelle que les musiques anachroniques, souvent artificielles, fonctionnent lorsqu’elles servent un propos. En l’occurrence, que toutes les ferveurs populaires ne se valent pas. Et que les plus dangereuses traversent les époques.
Margaux Baralon (Trois couleurs)
Soirée Spéciale
mercredi 30 septembre à 20h00
présentée par Lionnel Trigueros, association des professeurs d'histoire et de géographie régionale des Pays de la Loire
Soirée organisée en collaboration avec l'association des professeurs d'histoire et de géographie régionale des Pays de la Loire
NOTRE SALUT
de Emmanuel Marre
Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit
France · 2026 · 2h33 · Prix du scénario Cannes 2026
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l'opportunité de trouver enfin la place qu'il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d'auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu'Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
https://www.condor-films.fr/film/notre-salut/
A PROPOS
S’inspirant de son histoire familiale, Emmanuel Marre fait coup double dans ce formidable film. Derrière un réquisitoire aussi fin qu’implacable contre l’abandon des valeurs politiques sur l’autel de l’économie se niche le portrait grinçant d’un arriviste veule.
« Moi aussi, j’aimerais être remarqué. » Lorsque Henri Marre, le personnage principal de Notre salut, fait enfin cet aveu, il l’adresse dans l’intimité d’une cuisine. Son épouse vient de confier n’être pas insensible à un inconnu croisé dans les files d’attente de rationnement, en cette énième année d’Occupation. Mais il n’y a pas que son regard que Henri rêve d’attirer.
Dès la scène d’ouverture, ce petit ingénieur sans charisme s’incruste dans les conversations d’hommes plus importants que lui, tente d’attirer l’attention sur ses travaux et ses idées – une foi sans faille dans le Maréchal Pétain – pour décrocher un poste à Vichy. Il en trouvera un à Limoges, sous la tutelle du ministère du Travail. Sera en première ligne pour participer à la collaboration. Et constater, sans broncher, la chute de l’Etat de droit et de toutes les valeurs politiques.
Si, a priori, Notre salut n’a rien à voir avec Rien à foutre, le précédent film d’Emmanuel Marre coréalisé avec Julie Lecoustre, celui-ci poursuit sa critique de la toute-puissance de l’économie sur le politique. L’uberisation phagocytait l’héroïne (incarnée par Adèle Exarchopoulos) dans son premier long-métrage ; le management est mis au service du fascisme dans celui-ci. Le point de vue est limpide sans être asséné, la marque des grandes œuvres. Le cinéaste, qui s’inspire de l’histoire de son grand-père, a l’intelligence de ne pas enfermer la sienne dans une mise en scène naphtalinée trop fréquente avec les fresques historiques.
Il filme caméra à l’épaule, comme un mockumentaire, le ballet pathétique de petits fonctionnaires sans morale. Un pas de côté audacieux qui libère ses acteurs, Swann Arlaud en tête, dans de longues scènes parfois improvisées. L’ultime coup d’éclat ne se voit pas mais se fait entendre. Le placage de l’entraînant « Life is Life » sur une foule en délire devant Pétain rappelle que les musiques anachroniques, souvent artificielles, fonctionnent lorsqu’elles servent un propos. En l’occurrence, que toutes les ferveurs populaires ne se valent pas. Et que les plus dangereuses traversent les époques.
Margaux Baralon (Trois couleurs)

