SOY LIBRE - Laure Portier

A PROPOS

Il faut aimer son frère de manière éperdue pour s’engager dans un documentaire qui, si l’on en croit le début, n’a pas de chance un jour d’être diffusé. La caméra de Laure Portier s’accroche à ce corps, ce visage, au milieu de la sauvagerie nocturne des cités. La réalisatrice est très présente dans ce face-à-face sensuel et psychologique qui dit autant de sa propre enfance, de l’absence du père, de la maladie psychiatrique de la mère que des ressentiments de ce gamin mal grandi. Il joue avec son scooter et la manière dont elle force l’image témoigne de son incommensurable amour pour Arnaud. Car ce dernier ne va pas tarder à être jugé. Il sait qu’il va être condamné, mais cette perte de liberté qui devrait survenir est le résultat d’une enfance où l’amour a manqué, où l’école l’a relégué au banc de la psychiatrie et où les services sociaux ont failli à leurs devoirs.
Soy Libre est un film qui emporte littéralement le spectateur dans un flot d’émotions. A travers cet adolescent rebelle qui pleure autant qu’il contrevient à la loi, on pressent la réussite d’une femme qui a surmonté les difficultés dans l’art cinématographique. Pendant qu’Arnaud fait le vide de son existence en cherchant à s’enfuir de la France vers l’Espagne et le Pérou, la réalisatrice restitue le parcours de rupture de nombre d’enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Elle parle du ratage d’un dispositif qui ne sait pas toujours écouter les enfants, les accueillir au plus près de leurs besoins et leur souffrance. Elle parle à demi-mots de son propre sauvetage par les lettres, le cinéma, là où son frère tente de se sauver dans la fuite et le passage à l’acte. Assise derrière son dos, sur le siège du scooter, elle suit tous ses mouvements, toutes ses tentatives de rattrapage d’une vie qui l’a laissé au bord du chemin.
Le film est émaillé de dessins de la composition du personnage central qui, dans un style un peu naïf, aident à comprendre le passage des semaines et des mois dans l’expérience de fuite. A chaque fois, ils interrogent sa relation avec la liberté, tout en le montrant qui change. Le film se transforme en une sorte de béquille affective, la réalisatrice se trouvant dans la position à la fois de l’artiste, de l’éducatrice et de la complice des délits qu’il accomplit. Le documentaire vaut tous les poncifs sociologiques ou universitaires sur la délinquance. Il donne à voir ce qui amène des garçons à céder à la tentation de l’incivilité. En même temps, Laure Portier évite absolument le misérabilisme ou la condamnation. Elle accompagne le parcours de ce môme perdu, lui offrant un espace précieux de paroles, d’émotions et de fulgurance. On s’étonne évidemment de la grande solitude du gosse qui, à part sa sœur armée de sa caméra, semble isolé au milieu du monde.
Puis, soudain, il y a le sport, la danse, la musique, et le vagabondage dans la rue. Alors le miracle survient, transformant le long-métrage en un poème d’Arthur Rimbaud.
Laurent Cambon (avoiralire.com)

Soirée CinéConf
lundi 25 mars 2024 à 18h00

en présence de Laure Portier, réalisatrice

Tarif Printemps du cinéma : 5€

Soirée organisée avec l’association Cinéma parlant, l’Université d’Angers (SFR Confluences) & l’Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse, dans le cadre du Diplôme universitaire « Droits des enfants », une formation à destination des professionnel·les de l’enfance et de la jeunesse, avec le soutien du Pôle EnJeux.


SOY LIBRE

de Laure Portier

Documentaire
FRANCE - 2019 - 1h18 - Grand Prix du jury Diagonales Premiers Plans 2022

Arnaud, c'est mon petit frère. Un jour, je me suis rendue compte qu'il était déjà grand. Il est né là où on ne choisit pas et cherche ce qu'il aurait dû être. Libre.
https://www.alchimistesfilms.com/soy-libre

A PROPOS

Il faut aimer son frère de manière éperdue pour s’engager dans un documentaire qui, si l’on en croit le début, n’a pas de chance un jour d’être diffusé. La caméra de Laure Portier s’accroche à ce corps, ce visage, au milieu de la sauvagerie nocturne des cités. La réalisatrice est très présente dans ce face-à-face sensuel et psychologique qui dit autant de sa propre enfance, de l’absence du père, de la maladie psychiatrique de la mère que des ressentiments de ce gamin mal grandi. Il joue avec son scooter et la manière dont elle force l’image témoigne de son incommensurable amour pour Arnaud. Car ce dernier ne va pas tarder à être jugé. Il sait qu’il va être condamné, mais cette perte de liberté qui devrait survenir est le résultat d’une enfance où l’amour a manqué, où l’école l’a relégué au banc de la psychiatrie et où les services sociaux ont failli à leurs devoirs.
Soy Libre est un film qui emporte littéralement le spectateur dans un flot d’émotions. A travers cet adolescent rebelle qui pleure autant qu’il contrevient à la loi, on pressent la réussite d’une femme qui a surmonté les difficultés dans l’art cinématographique. Pendant qu’Arnaud fait le vide de son existence en cherchant à s’enfuir de la France vers l’Espagne et le Pérou, la réalisatrice restitue le parcours de rupture de nombre d’enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Elle parle du ratage d’un dispositif qui ne sait pas toujours écouter les enfants, les accueillir au plus près de leurs besoins et leur souffrance. Elle parle à demi-mots de son propre sauvetage par les lettres, le cinéma, là où son frère tente de se sauver dans la fuite et le passage à l’acte. Assise derrière son dos, sur le siège du scooter, elle suit tous ses mouvements, toutes ses tentatives de rattrapage d’une vie qui l’a laissé au bord du chemin.
Le film est émaillé de dessins de la composition du personnage central qui, dans un style un peu naïf, aident à comprendre le passage des semaines et des mois dans l’expérience de fuite. A chaque fois, ils interrogent sa relation avec la liberté, tout en le montrant qui change. Le film se transforme en une sorte de béquille affective, la réalisatrice se trouvant dans la position à la fois de l’artiste, de l’éducatrice et de la complice des délits qu’il accomplit. Le documentaire vaut tous les poncifs sociologiques ou universitaires sur la délinquance. Il donne à voir ce qui amène des garçons à céder à la tentation de l’incivilité. En même temps, Laure Portier évite absolument le misérabilisme ou la condamnation. Elle accompagne le parcours de ce môme perdu, lui offrant un espace précieux de paroles, d’émotions et de fulgurance. On s’étonne évidemment de la grande solitude du gosse qui, à part sa sœur armée de sa caméra, semble isolé au milieu du monde.
Puis, soudain, il y a le sport, la danse, la musique, et le vagabondage dans la rue. Alors le miracle survient, transformant le long-métrage en un poème d’Arthur Rimbaud.
Laurent Cambon (avoiralire.com)