ÉVÉNEMENTS ET SÉANCES SPECIALES

LET'S GET LOST - Ciné Jazz - 2024-06-24

Ciné Jazz - lundi 24 juin à 20h00

LET'S GET LOST de Bruce Weber

LES PISTOLETS EN PLASTIQUE - Ciné Cosy - 2024-06-28

Ciné Cosy - vendredi 28 juin à 13h15

LES PISTOLETS EN PLASTIQUE de Jean-Christophe Meurisse

LA GUERRE EST DÉCLARÉE - Soirée rencontre - 2024-09-10

Soirée rencontre - mardi 10 septembre à 20h00

LA GUERRE EST DÉCLARÉE de Valérie Donzelli

LA THÉORIE DU BOXEUR - Ciné doc - 2024-09-19

Ciné doc - jeudi 19 septembre à 20h00

LA THÉORIE DU BOXEUR de Nathanaël Coste

AVEC LES MOTS DES AUTRES - Antoine Dubos

A PROPOS

En 2018, alors que j’accompagnais mon film « Exils adolescents » tourné auprès de mineurs isolés étrangers, j’ai pu faire la connaissance de professionnels exerçant auprès de personnes exilées dans le champ de la santé mentale. J’ai ensuite pu venir en observation sur plusieurs mois auprès de l’équipe mobile psychiatrie précarité (EMPP) de Chambéry. J’ai vite été marqué par la parole de ces soignants, souvent très juste et en même temps très humble. Beaucoup racontaient leur impuissance mais aussi leur révolte. Leur propos revenait souvent sur l’impossibilité du soin lorsque la personne est en grande insécurité au quotidien (sans hébergement, sans ressources pour se nourrir, sans droit au séjour…). Pourtant, fidèles à l’idée qu’ils se font de leur métier, ils tentent malgré tout de soulager ces personnes. Lors des consultations, le récit de l’exil affleure parfois de manière détournée, esquissée, ou au contraire explose dans toute sa crudité et sa froideur. À travers cette mise en mot de la violence, « l’horreur » fait alors irruption dans l’espace de la consultation.
Comment évoquer les viols, tortures, scènes de guerre, de mutilation devant cet autre qui y est totalement étranger ? Le lieu de la consultation devient ainsi un espace où se côtoient deux mondes très distincts mais qui tentent pourtant de trouver la possibilité de réparer et faire sens ensemble.
Les soignants évitent d’évoquer d’eux-mêmes le passé du patient, d’autant que les personnes exilées doivent déjà rendre compte de ce récit à de nombreuses reprises lors des démarches auprès de l’administration. La possibilité de se voir octroyer le statut de réfugié dépend en effet de leur capacité à produire un récit convaincant et cohérent aux yeux des instances administratives. Pour les demandeurs d’asile, l’espoir d’un avenir meilleur passe donc souvent par la reviviscence du traumatisme.
Face à la violence de l’injonction à « se raconter » des institutions, les infirmières et la psychiatre de l’EMPP opposent l’écoute. Les soignants cherchent d’abord à comprendre la douleur par les symptômes : cauchemars, réveils nocturnes, paranoïas, sensation d’être suivi, sensation d’étouffement.
L’équipe mobile travaille avec une association d’interprètes qui assistent à ces consultations. Dans une relation habituellement bipartite, l’interprète introduit une relation en triangle. Son rôle est primordial puisqu’il est le passeur entre la parole du patient et celle du soignant. Loin de n’être qu’une « machine à traduire », il vient véritablement incarner cette parole, et tel un acteur en proposer une interprétation. En prenant en charge la parole du patient, il partage également avec lui une partie de son histoire. Il en est le témoin. À travers les mots de tous les jours, se déploie la souffrance de celui à qui on n’a pas fait une place. Redonner une place, c’est ce que font soignants et interprètes en permettant cet espace de parole.
Antoine Dubos (réalisateur)

Ciné Doc
jeudi 19 octobre 2023 à 20h00

En présence de Rachida Ouattara, directrice de l'association APTIRA et Gilles-Mathias Salle, responsable du Point accueil santé solidarités

Soirée organisée en collaboration avec l'APTIRA et le Point Accueil Santé Solidarités d'Angers


AVEC LES MOTS DES AUTRES

de Antoine Dubos

Documentaire
FRANCE - 2020 - 1h15

À l’accueil de jour de Chambéry, l’équipe mobile précarité et psychiatrie reçoit des demandeurs d’asile en consultation. Ils viennent y déposer leurs mots, s’efforcent de nommer leurs souffrances, d’évoquer leurs cauchemars et leurs peurs, laissant échapper un sanglot, un cri de colère.
Entre le monde des soignants et celui des patients, les interprètes jouent le rôle de passeurs, tentant de rendre au langage sa force et sa singularité. De séance en séance, les exilés cherchent à se réapproprier leur récit et esquissent leur reconstruction.
https://orspere-samdarra.com/wp-content/uploads/2021/10/dossier-de-presse-avec-les-mots-des-autres.pdf

A PROPOS

En 2018, alors que j’accompagnais mon film « Exils adolescents » tourné auprès de mineurs isolés étrangers, j’ai pu faire la connaissance de professionnels exerçant auprès de personnes exilées dans le champ de la santé mentale. J’ai ensuite pu venir en observation sur plusieurs mois auprès de l’équipe mobile psychiatrie précarité (EMPP) de Chambéry. J’ai vite été marqué par la parole de ces soignants, souvent très juste et en même temps très humble. Beaucoup racontaient leur impuissance mais aussi leur révolte. Leur propos revenait souvent sur l’impossibilité du soin lorsque la personne est en grande insécurité au quotidien (sans hébergement, sans ressources pour se nourrir, sans droit au séjour…). Pourtant, fidèles à l’idée qu’ils se font de leur métier, ils tentent malgré tout de soulager ces personnes. Lors des consultations, le récit de l’exil affleure parfois de manière détournée, esquissée, ou au contraire explose dans toute sa crudité et sa froideur. À travers cette mise en mot de la violence, « l’horreur » fait alors irruption dans l’espace de la consultation.
Comment évoquer les viols, tortures, scènes de guerre, de mutilation devant cet autre qui y est totalement étranger ? Le lieu de la consultation devient ainsi un espace où se côtoient deux mondes très distincts mais qui tentent pourtant de trouver la possibilité de réparer et faire sens ensemble.
Les soignants évitent d’évoquer d’eux-mêmes le passé du patient, d’autant que les personnes exilées doivent déjà rendre compte de ce récit à de nombreuses reprises lors des démarches auprès de l’administration. La possibilité de se voir octroyer le statut de réfugié dépend en effet de leur capacité à produire un récit convaincant et cohérent aux yeux des instances administratives. Pour les demandeurs d’asile, l’espoir d’un avenir meilleur passe donc souvent par la reviviscence du traumatisme.
Face à la violence de l’injonction à « se raconter » des institutions, les infirmières et la psychiatre de l’EMPP opposent l’écoute. Les soignants cherchent d’abord à comprendre la douleur par les symptômes : cauchemars, réveils nocturnes, paranoïas, sensation d’être suivi, sensation d’étouffement.
L’équipe mobile travaille avec une association d’interprètes qui assistent à ces consultations. Dans une relation habituellement bipartite, l’interprète introduit une relation en triangle. Son rôle est primordial puisqu’il est le passeur entre la parole du patient et celle du soignant. Loin de n’être qu’une « machine à traduire », il vient véritablement incarner cette parole, et tel un acteur en proposer une interprétation. En prenant en charge la parole du patient, il partage également avec lui une partie de son histoire. Il en est le témoin. À travers les mots de tous les jours, se déploie la souffrance de celui à qui on n’a pas fait une place. Redonner une place, c’est ce que font soignants et interprètes en permettant cet espace de parole.
Antoine Dubos (réalisateur)