ALICE DANS LES VILLES - Wim Wenders

A PROPOS

Dix ans avant sa Palme d’or pour Paris, Texas (1984), Wim Wenders s’impose déjà comme une figure incontournable du Nouveau cinéma allemand. Après la réalisation d’adaptations littéraires, notamment de Nathaniel Hawthorne et Peter Handke, le cinéaste s’engage seul à l’écriture d’Alice dans la ville et expérimente une nouvelle façon de réaliser. Le scénario s’écrit au cours du tournage et le film naît ainsi des paysages traversés. “C’est la ville qui a déclenché le processus de réalisation, avant même qu’il n’y ait pour moi une histoire”, confie le réalisateur dans son livre La Vérité des images (éd. L’Arche, 1992). Avec Alice dans la ville, Wim Wenders annonce aussi ses films à venir, Faux Mouvement (1975) et Au fil du temps (1976), qui formeront sa trilogie de road movies.
Rares sont les films qui restituent avec autant de justesse ce sentiment d’être étranger dans un pays lointain, de le parcourir pour en saisir ses humeurs mais de ne pas y trouver sa place. À travers ce film, Wim Wenders met en scène la tentative d’un homme à témoigner de son voyage et qui, pour pallier l’écriture, produit des images. L’utilisation du noir et blanc et la composition du cadre évoquent d’ailleurs le travail photographique de William Eggleston et de Dennis Hopper. À sa manière, Alice dans la ville fait la somme de toutes les variations possibles de ce voyage, en voiture jusqu’à New York, en avion jusqu’à Amsterdam, en train jusqu’à Munich. Employer tous les moyens possibles pour retourner au lieu d’origine.
La rencontre avec Alice introduit un autre rapport au film, plus intimiste, moins contemplatif. Le reporter, solitaire et mélancolique, se retrouve responsable de cette fillette, qui porte une veste bien trop grande pour elle. Le paysage, relayé au second plan, laisse désormais la caméra faire la mise au point sur leur complicité naissante. À bien des égards, leur dynamique résonne avec l’énergie chaplinesque de The Kid, en témoigne leur course-poursuite dans la porte tambour de l’aéroport. Que ce soit sur le bord d’une route en rase campagne ou sur une plage, chaque escale fait état du rapprochement entre Philip et Alice.
Sous la forme d’une double quête, Alice dans la ville explore autant la déception d’un homme pour un pays fantasmé que l’impératif de le quitter pour retourner chez lui. À sa manière, le film nous invite peut-être à habiter le monde autrement, l’habiter dans le mouvement. Presque cinquante ans après sa sortie, Alice dans la ville demeure un film repère dans la filmographie de ce cinéaste nomade dont la rétrospective programme également d’autres films itinérants, parmi lesquels Lisbonne story et Tokyo-Ga
Thibault Lucia (Les Inrocks)

Ciné classique
dimanche 7 avril 2024 à 17h45

présenté par Louis Mathieu, Cinéma Parlant

Séance organisée en collaboration avec l'Université d'Angers et Cinéma Parlant dans le cadre de la semaine de cinéma de langue allemande


ALICE DANS LES VILLES

de Wim Wenders

avec Rüdiger Vogler, Yella Rottländer, Lisa Kreuzer
ALLEMAGNE - 1974 - 1h50 - VOST - Réédition - Version restaurée 2K

Un jeune journaliste allemand en reportage aux Etats-Unis est bloque dans un aeroport en greve. Une femme dans la meme situation lui confie sa fillette, Alice. elle doit les rejoindre a Amsterdam. Au lieu de rendez-vous, aucune trace de la jeune femme...
https://filmsdulosange.com/film/alice-dans-les-villes/

A PROPOS

Dix ans avant sa Palme d’or pour Paris, Texas (1984), Wim Wenders s’impose déjà comme une figure incontournable du Nouveau cinéma allemand. Après la réalisation d’adaptations littéraires, notamment de Nathaniel Hawthorne et Peter Handke, le cinéaste s’engage seul à l’écriture d’Alice dans la ville et expérimente une nouvelle façon de réaliser. Le scénario s’écrit au cours du tournage et le film naît ainsi des paysages traversés. “C’est la ville qui a déclenché le processus de réalisation, avant même qu’il n’y ait pour moi une histoire”, confie le réalisateur dans son livre La Vérité des images (éd. L’Arche, 1992). Avec Alice dans la ville, Wim Wenders annonce aussi ses films à venir, Faux Mouvement (1975) et Au fil du temps (1976), qui formeront sa trilogie de road movies.
Rares sont les films qui restituent avec autant de justesse ce sentiment d’être étranger dans un pays lointain, de le parcourir pour en saisir ses humeurs mais de ne pas y trouver sa place. À travers ce film, Wim Wenders met en scène la tentative d’un homme à témoigner de son voyage et qui, pour pallier l’écriture, produit des images. L’utilisation du noir et blanc et la composition du cadre évoquent d’ailleurs le travail photographique de William Eggleston et de Dennis Hopper. À sa manière, Alice dans la ville fait la somme de toutes les variations possibles de ce voyage, en voiture jusqu’à New York, en avion jusqu’à Amsterdam, en train jusqu’à Munich. Employer tous les moyens possibles pour retourner au lieu d’origine.
La rencontre avec Alice introduit un autre rapport au film, plus intimiste, moins contemplatif. Le reporter, solitaire et mélancolique, se retrouve responsable de cette fillette, qui porte une veste bien trop grande pour elle. Le paysage, relayé au second plan, laisse désormais la caméra faire la mise au point sur leur complicité naissante. À bien des égards, leur dynamique résonne avec l’énergie chaplinesque de The Kid, en témoigne leur course-poursuite dans la porte tambour de l’aéroport. Que ce soit sur le bord d’une route en rase campagne ou sur une plage, chaque escale fait état du rapprochement entre Philip et Alice.
Sous la forme d’une double quête, Alice dans la ville explore autant la déception d’un homme pour un pays fantasmé que l’impératif de le quitter pour retourner chez lui. À sa manière, le film nous invite peut-être à habiter le monde autrement, l’habiter dans le mouvement. Presque cinquante ans après sa sortie, Alice dans la ville demeure un film repère dans la filmographie de ce cinéaste nomade dont la rétrospective programme également d’autres films itinérants, parmi lesquels Lisbonne story et Tokyo-Ga
Thibault Lucia (Les Inrocks)