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MISSISSIPPI BURNING - Alan Parker
A PROPOS
Puisqu’on parle beaucoup ces temps-ci – et à raison – de racisme et de violences policières, c’est peut être l’occasion de se replonger dans Mississippi Burning d’Alan Parker. Un film de flics, tentant de rétablir une justice dans une Amérique où l’inégalité, la ségrégation, et donc, le racisme et la violence, sont la norme. Cela s’est passé dans le Sud des États-Unis, il n’y a pas si longtemps…
Adapté d’un fait divers réel, Mississippi Burning suit l’enquête de deux agents du FBI après l’assassinat de trois jeunes hommes, dont deux Noirs, dans l’atmosphère moite du Sud des États-Unis. En filigrane, un sigle infuse tout le film, comme une maladie qui infeste ce territoire du Mississippi, et dont on voit partout les stigmates : KKK. Il est des lettres qui se répètent et dont l’écho est chaque fois plus détestable. SS. HH. KKK. Le Ku Klux Klan, secte suprémaciste responsable d’innombrables crimes racistes dans le Sud des États-Unis. Son histoire est liée à celle de l’Amérique comme la mort est liée à la vie. Ses membres étaient une figure centrale de la Naissance d’une nation, la monumentale fresque historique de D. W. Griffith en 1915, et leur ombre planait encore sur les assassinats terroristes de Charlottesville en 2017.
À la figure étatsunienne par essence du « duo de flics » s’en ajoute dans Mississippi Burning une autre, tout aussi mythologique dans l’histoire du film policier américain : l’agent du FBI en enquête. À partir de la fin des années 1980, l’agent du FBI a remplacé le détective traditionnel du film noir américain. Le détective était un policier urbain, enquêtant dans sa ville. Phillip Marlowe appartient à Los Angeles autant que les autoroutes et le panneau Hollywood. L’agent du FBI en revanche est toujours dépaysé. Envoyé ailleurs, un étranger débarquant dans une petite ville, comme une survivance d’une vieille figure de western. Ici, nos lonesome cowboys sont donc deux : le jeune bleu mais néanmoins chef, sérieux, style intellectuel à lunettes, Alan Ward (Willem Dafoe), et le sympathique et bedonnant Rupert Anderson (Gene Hackman), qui a de la bouteille et des méthodes bien à lui. Idée merveilleuse que de caster Hackman pour ce rôle, lui qui fut l’acteur principal d’un des films matriciels du « duo de flics au cinéma », French Connection de William Friedkin (1971).
Bien qu’il semble la prendre avec légèreté, cette enquête est particulière pour Rupert. Quand il arrive dans le comté de Jessup, Mississipi, épicentre de l’enquête, il ne pense pas être vraiment un étranger. C’est un authentique gars du Sud, un Mississipien pure souche. Loin d’être un touriste, il se sent presque autochtone à ces terres, et utilise cette connivence pour son enquête. Mais pour la plupart des locaux, c’est un parfait étranger. Qu’importe qu’il ait grandi, un jour, ici. Il est parti. Et cette trahison a effacé son passé : maintenant, il vient d’ailleurs. C’est juste un autre mec de Washington venu fourrer son nez dans les affaires des autres. À l’instar de ce jeune Blanc assassiné au bord d’une autoroute la nuit, défenseur de la cause afro-américaine, devenu donc, aux yeux du Klan et d’un bon nombre des habitants de ce triste comté, un Noir comme les autres. Enfin comme les autres, pas vraiment. S’il avait vraiment été Noir, peu probable que le FBI serait venu dépêcher des moyens aussi extraordinaires (plus de 100 agents envoyés en renfort) pour mener à bien une affaire dans cette cambrousse de rednecks. Nous sommes en 1964, et la ségrégation est encore légale aux États-Unis. Elle sera abolie dans l’année, avec le Civil Rights Act signé par le Président Johnson, mais il faudra encore un an pour que les gens de couleur puissent voter. Lorsque Ward et Anderson entament leur enquête, les Noirs ne peuvent pas manger aux mêmes tables que les Blancs au restaurant. Même les toilettes sont séparées. Alors il serait surprenant qu’ils bénéficient de la même justice.
Néanmoins, il y a des règles. Et ça, Alan Ward (Dafoe) le sait très bien. Adepte des nouvelles méthodes de J. Edgar Hoover, ce jeune homme, aux bons diplômes, compte suivre la procédure. Parfait équivalent américain de l’énarque, Alan Ward est très sérieux, un peu rigide et parfois hors-sol, mais sa méthodologie fait ses preuves. En définitive, c’est la conjugaison du feeling et des manières d’Anderson, le gars du terrain, avec l’organisation et la droiture de Ward, le type de bureau, qui pourront permettre de résoudre cette affaire et d’amener doucement les habitants de cette région vers plus de tolérance. En parfait buddy cop movie, Mississippi Burning nous donne ainsi la leçon : les cow-boys solitaires doivent toujours être accompagnés.
Pierre Charpilloz (revusetcorriges.com)

Soirée organisée en collaboration avec Cinéma Parlant dans le cadre de la semaine de cinéma de langue anglaise
Ciné classique
dimanche 5 décembre à 17h45
présenté par Luc Daniel, Cinéma Parlant


MISSISSIPPI BURNING
de Alan Parker
avec Willem Dafoe, Gene Hackman, Frances McDormand
USA - 1988 - 2h08 - VOST
1964. Trois militants d’un comité de défense des droits civiques disparaissent mystérieusement dans l’État du Mississippi. Deux agents du FBI, Ward et Anderson, aux méthodes opposées mais complémentaires sont chargés de l’enquête. Très vite leurs investigations dérangent et des violences sur fond de racisme éclatent alors dans cette ville où le Ku Klux Klan attise les haines et la violence…