EVENEMENTS ET SEANCES SPECIALES

VITIS PROHIBITA - Stephan Balay
A PROPOS
Le vin et l'alcool ont eu des vies cinématographiques compliquées. En principe, l'excès en est le fil rouge, avec ce que cela comporte de caricature et souvent de vulgarité (Soupe aux choux). Mis à part le remarquable Un singe en hiver (d'Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin) qui faillit être interdit à la demande (déjà) des ligues hygiénistes. Elles lui reprochaient une apologie des apéritifs, vérifiant ainsi la justesse du propos d'Elie Faure « La morale ne règne que sur les ruines de l'art ». Plus récemment, quelques jolies perles ont échappé au massacre comme Le Vent et le Vin de Cédric Klapisch, mais c'est davantage dans le registre du documentaire que le vin acteur connaît le plus de succès..
« Vitis Prohibita » évoque la mise à l'index des cépages hybrides, ces fameux othello, clinton, rayon d'or, isabelle, oberlin, noah qui fleurissaient au printemps dans nos campagnes quand le phylloxéra, insecte ravageur, détruisit le vieux vignoble européen à partir de 1867. Inventés d'abord aux États-Unis où les producteurs ont marié des cépages de qualité venus d'Europe à des ceps robustes de chez eux, résistants aux maladies (oïdium, mildiou et… phylloxéra), ils ont très vite conquis l'Europe.
Au XIXe siècle, cette technique de croisement (fécondation des fleurs d'une variété par le pollen d'une autre variété) fit fureur en Europe et des catalogues dignes d'un inventaire à la Prévert faisaient miroiter aux vignerons des vendanges généreuses. Mais, bientôt, une autre technique s'imposa : celle du greffage. Il s'agissait de greffer sur des pieds (des racines de cépages américains) des bois (greffons) de nos cépages traditionnels. Encore aujourd'hui, n'ayant pas trouvé de produit miracle pour éradiquer le phylloxéra, nos merlots, pinots, cabernets, syrahs et autres sont obtenus par greffage. Cela a permis de conserver les qualités organoleptiques (saveurs) peu ou prou des cépages anciens, alors que les hybrides développaient leurs propres saveurs et consistances. Ces « hybrides producteurs directs », comme on continue de les appeler, continuèrent cependant d'être exploités dans les campagnes, mais en dehors (en principe) des zones d'élaboration de grands vins.
En 1935, dans un contexte de surproduction, notamment en Algérie, le gouvernement français publia une liste de six cépages hybrides désormais interdits à la plantation. Le prétexte invoqué : la présence importante de méthanol dans les vins issus de ces cépages, ce qui est depuis fortement contesté. Cette interdiction sera renforcée dans les années 1950 avec en sus des primes à l'arrachage. Mais récemment, la législation est devenue un peu plus permissive et autorise la plantation d'hybrides pour une consommation familiale. Le réalisateur Stéphan Balay explique qu'il a voulu à la fois lutter contre une « une prohibition imposée par de vieilles lois infondées, injustes et obsolètes » et montrer que ces cépages hybrides et résistants aux maladies permettent « une agriculture respectueuse de l'environnement. »
Reste qu'il s'agit là d'un éclairage intéressant, précieux et rare sur une histoire du vignoble européen, car l'auteur a promené sa caméra en dehors de nos frontières, en Italie, Roumanie, Autriche.Le film multiplie les témoignages, des amateurs passionnés qui fabriquent leurs vins chaque année entre copains et les dégustent dans des verres de cantine jusqu'au professeur d'ampélographie (science des cépages) Pierre Galet, l'expert incontesté. C'est donc un film militant et c'est peut-être son principal défaut. On aurait aimé entendre un point de vue un peu différent, voire opposé. Car la question des hybrides est devenue très contemporaine. L'Inra commence à proposer de nouveaux hybrides pour lutter à la fois contre les maladies, sans avoir recours aux traitements phytosanitaires, et contre le réchauffement climatique. Mais cette option est fortement contestée par de nombreux producteurs qui voient dans le recours aux hybrides un abandon de ce qui fait l'originalité des cépages français et qui a conduit à notre système d'appellation d'origine contrôlée…
Reste qu'il s'agit là d'un éclairage intéressant, précieux et rare sur une histoire du vignoble européen, car l'auteur a promené sa caméra en dehors de nos frontières, en Italie, Roumanie, Autriche.
Jacques Dupont (Le Point)
Ciné doc
lundi 3 février à 20h00
suivi d'une rencontre

VITIS PROHIBITA
de Stephan Balay
Documentaire
FRANCE - 2019 - 1h31
Cela pourrait-être une légende, mais c’est l’histoire bien réelle d’une tentative d’assassinat réglementaire, la mise au ban d’une poignée de cépages déclassés, des vins interdits, accusés de tous les maux, rendus coupables d’avoir mauvais goût et incriminés de rendre fou. Leur crime ? Résister. Résister aux maladies, être naturellement adaptés aux changements climatiques et s’affranchir des pesticides et autres produits qui inondent la viticulture moderne. Bravant une législation extrêmement hostile et en dépit de la très mauvaise réputation de ces cépages, des paysans rebelles, convaincus de leurs vraies valeurs, n’ont cessé de cultiver les interdits. Les cépages résistants n’ont pas dit leur dernier mot. Le film propose un voyage œnologique en France, Italie, Autriche et Roumanie et États-Unis afin de mieux comprendre l'histoire et les enjeux des cépages résistants.