SABOTAGE - Daniel Goldhaber

A PROPOS

Cela pourrait être un film d’aventures de plus à la James Bond avec des mercenaires occupés à saboter des entreprises. Sauf que les héros sont des jeunes gens d’aujourd’hui, hantés par les excès du capitalisme et de la consommation d’énergie. Leur cible est un pipeline perdu en plein désert. Ils refusent que leurs activités réputées terroristes portent atteinte à des vies humaines. Leur quotidien consiste à crever les pneus des voitures de riches industriels pollueurs ou mettre le feu à leurs luxueux bateaux. Ils plantent un affichage sur le lieu de leur attaque qui dénonce le fait qu’en l’absence de loi les sanctionnant, ils se donnent l’autorisation de faire eux-mêmes justice.
Tiré d’un ouvrage d’Andreas Malm, le film alterne des portraits des jeunes adultes avec le récit même de leur attaque d’un pipeline. Cette construction dynamise particulièrement le propos, offrant au spectateur les avantages de comprendre les motivations des protagonistes et de saisir le rythme et le suspense liés à leurs actions militantes. Xochitl est la cheffe de la bande. Elle est prête à la prison, au nom de son idéologie. Elle fait penser à bien des égards à Greta Thunberg dans le jusqu’au-boutisme politique qu’elle donne à voir, sinon que cette dernière ne commet pas des actes destructifs assimilables à du terrorisme. Mais la colère est la même, ainsi que l’envie de changer la planète et de grandir dans un monde plus sain où l’on ne s’empoisonne pas en mangeant et en respirant l’air du monde. Les autres qui l’accompagnent sont issus de tous les milieux sociaux. Leurs motivations sont très différentes, avec comme point commun, celui de braver leurs aînés et de faire droit à un univers propre.
Les mots ont du sens. Le titre Sabotage exclut de fait toute perspective terroriste. Les héros sabotent en effet des lieux ou des objets matériels qui incarnent à leurs yeux les abus des puissants en matière de sauvegarde écologique. Le réalisateur ne les représente pas comme des terroristes, ni de simples activistes. Il regarde avec affection la nouvelle génération fondue à la modernité, acculturée aux objets connectés qu’ils mettent au service de la fabrication d’une bombe artisanale. Leur combat dénonce la malbouffe mais aussi l’accès inégal aux soins, les conflits parents-enfants dans un pays, les États-Unis, mené par le libéralisme. Le film offre une image vivante, bigarrée et optimiste de la jeunesse contemporaine, tout en jouant sur les codes anciens du film de braquage ou du western qui oppose les bons et les méchants, les justiciers et les ennemis du bien.
Sabotage constitue une œuvre tout à la fois légère à la façon d’un film d’aventures, et très politisée, quand il s’agit de montrer les stratégies qu’une certaine jeunesse doit adopter pour faire droit à une planète plus propre et plus éthique. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un long-métrage de propagande. Daniel Goldhaber laisse les spectateurs adopter le parti qu’il souhaite tout en se privant pas de décrire une jeunesse radieuse, engagée, et belle, loin peut-être des stéréotypes qui circulent à son égard.
Laurent Cambon (avoiralire.com)

Ciné Fac
lundi 4 décembre 2023 à 20h00

présenté par Sabrina Sebti, enseignante d'anglais à l'Université d'Angers

Séance organisée en collaboration avec Cinéma Parlant dans le cadre de la semaine de cinéma de langue anglaise


SABOTAGE

de Daniel Goldhaber

Avec Ariela Barer, Kristine Frøseth, Lukas Gage
USA - 2022 - 1h44 - VOST

Face à l'urgence écologique, un groupe de jeunes activistes se fixe une mission périlleuse : saboter un pipeline qui achemine du pétrole dans tous les Etats-Unis. Car parfois, le seul moyen d'être entendu est de passer à l'action.
https://tandemfilms.fr/film/how-to-blow-up-a-pipeline

A PROPOS

Cela pourrait être un film d’aventures de plus à la James Bond avec des mercenaires occupés à saboter des entreprises. Sauf que les héros sont des jeunes gens d’aujourd’hui, hantés par les excès du capitalisme et de la consommation d’énergie. Leur cible est un pipeline perdu en plein désert. Ils refusent que leurs activités réputées terroristes portent atteinte à des vies humaines. Leur quotidien consiste à crever les pneus des voitures de riches industriels pollueurs ou mettre le feu à leurs luxueux bateaux. Ils plantent un affichage sur le lieu de leur attaque qui dénonce le fait qu’en l’absence de loi les sanctionnant, ils se donnent l’autorisation de faire eux-mêmes justice.
Tiré d’un ouvrage d’Andreas Malm, le film alterne des portraits des jeunes adultes avec le récit même de leur attaque d’un pipeline. Cette construction dynamise particulièrement le propos, offrant au spectateur les avantages de comprendre les motivations des protagonistes et de saisir le rythme et le suspense liés à leurs actions militantes. Xochitl est la cheffe de la bande. Elle est prête à la prison, au nom de son idéologie. Elle fait penser à bien des égards à Greta Thunberg dans le jusqu’au-boutisme politique qu’elle donne à voir, sinon que cette dernière ne commet pas des actes destructifs assimilables à du terrorisme. Mais la colère est la même, ainsi que l’envie de changer la planète et de grandir dans un monde plus sain où l’on ne s’empoisonne pas en mangeant et en respirant l’air du monde. Les autres qui l’accompagnent sont issus de tous les milieux sociaux. Leurs motivations sont très différentes, avec comme point commun, celui de braver leurs aînés et de faire droit à un univers propre.
Les mots ont du sens. Le titre Sabotage exclut de fait toute perspective terroriste. Les héros sabotent en effet des lieux ou des objets matériels qui incarnent à leurs yeux les abus des puissants en matière de sauvegarde écologique. Le réalisateur ne les représente pas comme des terroristes, ni de simples activistes. Il regarde avec affection la nouvelle génération fondue à la modernité, acculturée aux objets connectés qu’ils mettent au service de la fabrication d’une bombe artisanale. Leur combat dénonce la malbouffe mais aussi l’accès inégal aux soins, les conflits parents-enfants dans un pays, les États-Unis, mené par le libéralisme. Le film offre une image vivante, bigarrée et optimiste de la jeunesse contemporaine, tout en jouant sur les codes anciens du film de braquage ou du western qui oppose les bons et les méchants, les justiciers et les ennemis du bien.
Sabotage constitue une œuvre tout à la fois légère à la façon d’un film d’aventures, et très politisée, quand il s’agit de montrer les stratégies qu’une certaine jeunesse doit adopter pour faire droit à une planète plus propre et plus éthique. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un long-métrage de propagande. Daniel Goldhaber laisse les spectateurs adopter le parti qu’il souhaite tout en se privant pas de décrire une jeunesse radieuse, engagée, et belle, loin peut-être des stéréotypes qui circulent à son égard.
Laurent Cambon (avoiralire.com)