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NOUREEV - Ralph Fiennes
A PROPOS
Même si le nom de Ralph Fiennes n’est pas immédiatement familier, de nombreux cinéphiles le connaissent en Voldemort de la saga Harry Potter et en nazi de La liste de Schindler de Steven Spielberg. Il est derrière et devant la caméra pour Noureev, biopic consacré au danseur légendaire.

Il a choisi d’incarner le chorégraphe Alexandre Ivanovitch Pouchkine (rien à voir avec le poète), mentor de Rudolph Noureev (1938-1993) dans ce film qui suit la carrière du danseur russe jusqu’à sa défection vers la France en 1961. « Ce sont ses années formatrices qui m’ont passionné car ce sont les moins connues » explique l’acteur et réalisateur avant de confier ce qui l’a attiré dans cette histoire.

« Devenir comédien demande du boulot, précise Ralph Fiennes. Mais cela n’a rien de comparable à la danse classique, la discipline la plus exigeante qui soit. » Le film montre précisément la besogne à laquelle à laquelle le héros doit se soumettre afin de pouvoir exceller. « Il ne suffit pas d’être doué, insiste le réalisateur. Il faut se donner à fond dans un entraînement d’autant plus pénible qu’une blessure peut tout gâcher du jour au lendemain. » Le danseur Oleg Ivenko apporte un charisme et une grâce naturels au rôle-titre.

« Selon les critères d’aujourd’hui, Noureev ne serait peut-être plus considéré comme le plus grand danseur du monde, reprend Ralph Fiennes. Mais sa vie et sa personnalité le rendent profondément cinématographique. » Le « Corbeau blanc », comme on surnommait ce charmeur égocentrique, capable de gagner à sa cause bien des Français, comme Adèle Exarchopoulos et Raphaël Personnaz dans le film. « Le moment où il a demandé l’asile politique à des douaniers en plein aéroport du Bourget est une réalité qui dépasse tout ce qu’on aurait pu inventer. »

Ralph Fiennes insiste plus sur la vie professionnelle et mondaine de Noureev que sur ses amours. « Je ne cache pas son homosexualité, ni le fait qu’il a aussi couché avec des femmes, dit-il. Mais ce n’était pas mon sujet. » Son film tourne presque au thriller d’espionnage quand le danseur échappe aux agents du KGB qui le surveille. « Le côté romanesque de sa vie est aussi l’une des raisons qui m’a donné envie de raconter son histoire. » Ce qu’il fait avec un réel sens du suspense agrémenté de fort belles scènes de ballets.

Caroline Vié (20minutes.fr)
 
Les dialogues viennent affiner, étoffer les situations, comme le font les accessoires, ou l’ambiance musicale. Mais la construction du personnage, sa personnalité, son désir, ses conflits, son évolution, passent par la danse – les mouvements des acteurs, chorégraphiés par Preljocaj, exaltés par un magnifique travail de cadre, de couleur, de lumière, et par un montage expressif.
 
« Je pense profondément que le corps porte l’être », soutient Angelin Preljocaj, justifiant ainsi le fait d’avoir choisi des acteurs sachant danser. Juliette Binoche notamment, qui danse quotidiennement dans le cadre de sa discipline d’actrice – elle a notamment participé à un ballet pour Akram Khan –, pour le rôle de la chorégraphe qui, à Aix-en-Provence, initie Polina à la danse contemporaine. Ou Niels Schneider, qui n’avait jamais dansé, mais que le chorégraphe a formé en l’intégrant, en 2015, à un spectacle qui réunissait des amateurs et des professionnels.
 
Traquer la vérité des acteurs dans leurs mouvements, pour en nourrir les personnages. C’est avec cette croyance, la conviction qu’ils pourraient ainsi toucher à la grâce, qu’ont travaillé Preljocaj et Müller. Aux antipodes de Black Swan, de Darren Aronofsky, par exemple, où Natalie Portman fut souvent doublée, ils rêvaient aux pas aériens de Fred Astaire et Ginger Rogers. Pour jouer Polina, il leur fallait donc une danseuse capable de dompter la caméra et de jouer la comédie. Ce qui ne court pas les rues ni les castings.
 
Ils l’ont cherchée longtemps, d’abord en France, sans succès, puis en Russie, où ils ont auditionné pas moins de six cents danseuses. Mais leur persévérance a porté ses fruits au-delà de leurs espérances. Elève de la prestigieuse académie de ballet Vaganova de Saint-Pétersbourg – elle a depuis intégré la troupe du Mariinski –, Anastasia Shevtsova les a sidérés. Entre la préparation et le tournage, cette jeune femme dont l’aura magnétise littéralement le film a comme fusionné avec son personnage. Apprenant le français aussi vite que Polina, elle pense aujourd’hui, comme elle, faire de la danse contemporaine et devenir chorégraphe. Et pourquoi pas, aussi, à continuer le cinéma.
 
Isabelle Regnier (Le Monde).

Séance organisée en collaboration avec le CNDC
Ciné Danse
mardi 28 avril 2020 à 20h15
présenté par Claire Rousier, directrice adjointe du CNDC


NOUREEV
de Ralph Fiennes
avec Oleg Ivenko, Ralph Fiennes, Louis Hofmann
GRANDE BRETAGNE - FRANCE - 2018 - 2h07
Jeune prodige du célèbre ballet du Kirov, Rudolf Noureev est à Paris en juin 1961 pour se produire sur la scène de l'Opéra. Fasciné par les folles nuits parisiennes et par la vie artistique et culturelle de la capitale, il se lie d'amitié avec Clara Saint, jeune femme introduite dans les milieux huppés. Mais les hommes du KGB chargés de le surveiller ne voient pas d'un bon oeil ses fréquentations "occidentales" et le rappellent à l'ordre. Confronté à un terrible dilemme, Noureev devra faire un choix irrévocable, qui va bouleverser sa vie à jamais. Mais qui va le faire entrer dans l'Histoire.