LE SILENCE DES AUTRES - Almudena Carracedo & Robert Bahar

A PROPOS

Le Silence des autres a gagné le Prix du public de la section Panorama Documentaires du 68e Festival de Berlin. Le film, réalisé, produit, tourné et mis en son par le duo Almudena Carracedo & Rober Bahar qui ont déjà signé ensemble le documentaire Made in L.A., de 2007, a eu comme productrice déléguée la société El Deseo d'Agustín et Pedro Almodovar secondée par Esther García – on note qu'ils ne cessent d'investir dans les propositions intéressantes, courageuses et risquées comme le récent Zama de l'Argentine Lucrecia Martel.
C'est dans ce pays d'Amérique du Sud que se déroule une partie de l'action de ce documentaire, tourné sur plus de cinq ans (ce qui a représenté 450 heures de film) pour suivre le processus enclenché par la quête des victimes du franquisme pour amener les responsables devant la justice, de ceux qui ont été torturés aux mères dont cette période obscure a volé les enfants et aux parents qui réclament encore les corps des disparus, amassés dans des fosses communes. Parce que ces victimes ont dû aller jusqu'à Buenos Aires pour parvenir à ce que les tribunaux mettent enfin en branle une action qu'une partie de la société espagnole (et beaucoup d'hommes politiques) refuse encore d'accepter, parce qu'ils ne veulent pas tourner leurs regards vers le passé.
C'est précisément cette frange négacioniste de la société espagnole qui devrait voir Le Silence des autres : l'objectif de ses auteurs est que le spectateur se sente également victime de ces abus et crimes, pour lesquels il n'y a pas prescription et qu'on ne peut ni ne doit oublier, au contraire : il faut s'en souvenir pour qu'ils ne se répètent pas. Ce n'est que quand les familles pourront retrouver les dépouilles de leurs parents morts sous le terrible dictateur et leur donner une vraie sépulture, quand ceux qui ont été frappés injustement verront leurs bourreaux punis que les blessures pourront se refermer (comme le dit quelqu'un dans le film : il n'est pas facile d'oublier, même en le voulant"), ces blessures dont ceux qui n'ont pas été touchés disent qu'elles sont déjà cicatrisées.
Hélas, que le sous-sol de l'Espagne soit encore plein de cadavres non-identifiés et de fosses communes, qu'il y ait encore des rues et places qui portent le nom de militaires fascistes et que soit encore en vigueur une loi d'amnistie de 1977 qui a mis en place un pacte de silence obligatoire en dit trop long sur une nation qui est peut-être encore gouvernée par des complices silencieux de ces atrocités qui n'ont jamais été jugées, parce qu'elles ne sont pas considérées comme des crimes contre l'humanité. Ce documentaire, courageux, émouvant, agile, nécessaire et instructif, ose réclamer une vérité qui fait mal mais qui est celle que toute démocratie a besoin de traiter de front pour progresser sainement, dans le respect et l'équité.

Alfonso Rivera (Cineuropa)

Ciné Fac
mardi 12 mars 2019 à 19h45

présenté par Manuelle Peloille, professeur en études hispaniques à l'Université d'Angers

Séance organisée en collaboration avec l'Université d'Angers et Cinéma Parlant dans le cadre de la semaine de cinéma de langue espagnole


LE SILENCE DES AUTRES

de Almudena Carracedo & Robert Bahar

Documentaire
ESPAGNE - 2018 - 1h35 - VOST

1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l’urgence de la transition démocratique, l’Espagne vote la loi d’amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes.
Les exactions commises sous la dictature et jusque dans les années 1980 (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, torture) sont alors passées sous silence.
Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols, rescapés du franquisme, saisissent la justice à 10.000 kilomètres des crimes commis, en Argentine, pour rompre ce « pacte de l’oubli » et faire condamner les coupables.
https://www.sddistribution.fr/film/silence-des-autres/147

A PROPOS

Le Silence des autres a gagné le Prix du public de la section Panorama Documentaires du 68e Festival de Berlin. Le film, réalisé, produit, tourné et mis en son par le duo Almudena Carracedo & Rober Bahar qui ont déjà signé ensemble le documentaire Made in L.A., de 2007, a eu comme productrice déléguée la société El Deseo d'Agustín et Pedro Almodovar secondée par Esther García – on note qu'ils ne cessent d'investir dans les propositions intéressantes, courageuses et risquées comme le récent Zama de l'Argentine Lucrecia Martel.
C'est dans ce pays d'Amérique du Sud que se déroule une partie de l'action de ce documentaire, tourné sur plus de cinq ans (ce qui a représenté 450 heures de film) pour suivre le processus enclenché par la quête des victimes du franquisme pour amener les responsables devant la justice, de ceux qui ont été torturés aux mères dont cette période obscure a volé les enfants et aux parents qui réclament encore les corps des disparus, amassés dans des fosses communes. Parce que ces victimes ont dû aller jusqu'à Buenos Aires pour parvenir à ce que les tribunaux mettent enfin en branle une action qu'une partie de la société espagnole (et beaucoup d'hommes politiques) refuse encore d'accepter, parce qu'ils ne veulent pas tourner leurs regards vers le passé.
C'est précisément cette frange négacioniste de la société espagnole qui devrait voir Le Silence des autres : l'objectif de ses auteurs est que le spectateur se sente également victime de ces abus et crimes, pour lesquels il n'y a pas prescription et qu'on ne peut ni ne doit oublier, au contraire : il faut s'en souvenir pour qu'ils ne se répètent pas. Ce n'est que quand les familles pourront retrouver les dépouilles de leurs parents morts sous le terrible dictateur et leur donner une vraie sépulture, quand ceux qui ont été frappés injustement verront leurs bourreaux punis que les blessures pourront se refermer (comme le dit quelqu'un dans le film : il n'est pas facile d'oublier, même en le voulant"), ces blessures dont ceux qui n'ont pas été touchés disent qu'elles sont déjà cicatrisées.
Hélas, que le sous-sol de l'Espagne soit encore plein de cadavres non-identifiés et de fosses communes, qu'il y ait encore des rues et places qui portent le nom de militaires fascistes et que soit encore en vigueur une loi d'amnistie de 1977 qui a mis en place un pacte de silence obligatoire en dit trop long sur une nation qui est peut-être encore gouvernée par des complices silencieux de ces atrocités qui n'ont jamais été jugées, parce qu'elles ne sont pas considérées comme des crimes contre l'humanité. Ce documentaire, courageux, émouvant, agile, nécessaire et instructif, ose réclamer une vérité qui fait mal mais qui est celle que toute démocratie a besoin de traiter de front pour progresser sainement, dans le respect et l'équité.

Alfonso Rivera (Cineuropa)