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ARIZONA JUNIOR - Ethan & Joel Coen
A PROPOS
Arizona Junior constitue la preuve éclatante que les problèmes capillaires de Nicolas Cage ne datent pas d’aujourd’hui. Deuxième film des terribles frangins de l’Amérique, il marque déjà leur tendance au sadisme, qui consiste à insister sur les douleurs des laissés pour compte de l’American Dream. Ces Américains oubliés de la Sun Belt, parqués dans des mobile-homes par un système qui a oublié de leur donner leur part du gâteau. On leur fait souvent l’injuste procès de se moquer de ces ploucs, d’être condescendants avec ceux qui représentent le côté sombre de l’oncle Sam, ceux qui se débattent pour survivre, quelle injustice !
Mais comment ne pas voir dans Arizona Junior cette immense affection qu’ils ont pour H.I. et Edwina, ce couple perdu en plein désert ? Comment ne pas comprendre qu’en les exhibant ainsi, c’est aux nantis de l’American Way Of Life qu’ils s’adressent, qu’ils montrent du doigt en les sommant de s’expliquer sur la pauvreté érigée en dommage collatéral, au profit du plus petit nombre ? Dans ce film, H.I. tente pourtant de passer les obstacles, de faire amende honorable en mettant de côté sa vie de petite frappe, en épousant une femme policière. Sauf que le destin a décidé qu’ils ne pourraient pas procréer et ça, H.I. et Edwina ne peuvent l’admettre et se servent en bébés là où il y en a trop.
Comme cela sera toujours le cas dans la suite de leur filmographie, les frères Coen usent de l’humour comme arme de destruction massive, suscitant un rire sincère, mais toujours gêné aux entournures. Ils ont cet humour noir qui ridiculise plus d’une fois leurs personnages, mais toujours dans le but de grossir le trait jusqu’à la caricature et la caricature, on en connait aujourd’hui le pouvoir dévastateur. Qu’il s’agisse de la manière « correc’» de s’exprimer d’Edwina ou de la pitoyable façon dont H.I. braque une banque, rappelant furieusement Pierre Richard dans Les Fugitifs, on ne sort pas de cet humour, qui ne s’encombre pas de dentelle ou de doigté et frappe directement à l’estomac. En particulier lors de cette scène finale, durant laquelle les deux frères retrouvent un semblant de sentiment, parvenant à nouer l’estomac devant ce qui apparait comme une injustice, quand bien même elle serait à l’égard de deux kidnappeurs.
Deux kidnappeurs incarnés, le mot est approprié, d’un côté par un excellent Nicolas Cage, qui joue le type complètement paumé avec un naturel qui frise la vocation inavouée. Regard bovin, moustache tombante de chien battu, on hésite sans cesse entre l’envie de lui botter les fesses pour le réveiller et celle de lui apporter un quelconque réconfort, s’il n’y avait cette coiffure improbable. D’un autre côté Holly Hunter qui, six ans plus tard, donnera une légendaire Leçon De Piano. De cette actrice aux apparences si frêles, ressort une force de caractère peu commune, un regard en acier trempé qui donne à son personnage une intensité dramatique peu commune. Et tout autour, se forme peu à peu la bande des frères Coen, leurs acteurs à eux : John Goodman (auteur d’une exceptionnelle sortie de boue) et Frances McDormand.
Une troupe qui prend place dans ce qui ressemble déjà à un décor de western, bien avant True Grit. Paysages désertiques, malfrats en tous genres, cowboy solitaire sous forme d’ange de la Mort, mis au service d’une mise en scène faite de nervosité, tout en étant capable de disséquer les travers de personnages à la marge. Sans être encore au sommet de leur maitrise, les frères Coen savent déjà exactement ce qu’ils veulent pour leur cinéma : frapper par le rire et faire preuve du étonnante maturité, malgré la jeunesse de leur œuvre.
Pas surprenant alors qu’ils ont connu un succès critique aussi précoce, aussi bien auprès des professionnels que des cinéphiles. On sent dans Arizona Junior la volonté de deux frères qui ont déjà trouvé leur identité de réalisateurs, qui ont manifestement un projet en tête, probablement celui, en bons pasteurs et cinéastes, d’ouvrir leur confessionnal aux brebis égarés d’une Amérique qu’ils jugent arrogante, afin qu’elle y confesse ses péchés. À en juger par la suite de leur cinématographie, il faut croire que cette Amérique là ne s’est pas encore repentie.
cineseries-mag.fr
Plans Cultes
mardi 14 mai à 20h00

ARIZONA JUNIOR
de Ethan & Joel Coen
avec Nicolas Cage, Holly Hunter, Trey Wilson
USA - 1987 - 1h34 - VOST
Délinquant multi-récidiviste, Hi est pourtant bien décidé à rentrer dans le droit chemin. Il n'ira plus en prison et pour commencer, il décide de fonder une famille avec Ed, une femme policier au charme envoûtant. Leur voeu le plus cher, avoir un enfant, s'avère malheureusement irréalisable, Ed étant stérile. Effondré un moment, le couple reprend espoir en apprenant par la télévision qu'un riche commerçant de la région vient d'avoir des quintuplés et qu'il a déclaré que c'était bien plus qu'il n'en attendait. Ed et Hi le prennent au mot et décident de le «soulager» d'un des nouveau-nés. Ils ramènent donc l'un des bébés à la maison et découvrent enfin les joies de la vie de famille. Mais ce bonheur est de courte durée...


Plans Cultes - SAISON 2018-2019
mardi 18 septembre à 20h15
mercredi 31 octobre à 19h45
HALLOWEEN de John Carpenter
SUSPIRIA de Dario Argento
mardi 20 novembre à 20h00
2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE de Stanley Kubrick
jeudi 29 novembre à 20h00
2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE de Stanley Kubrick
mardi 18 décembre à 19h45
RAMBO de Ted Kotcheff
ROCKY de John G. Avildsen
mardi 15 janvier à 20h00
LA MOUCHE de David Cronenberg
jeudi 14 février à 19h45
TUEURS NÉS de Oliver Stone
mardi 26 mars à 20h00
HEAT de Michael Mann
mardi 23 avril à 20h00
STEAK de Quentin Dupieux
mardi 14 mai à 20h00
ARIZONA JUNIOR de Ethan & Joel Coen