EVENEMENTS ET SEANCES SPECIALES

AU NOM DU PEUPLE ITALIEN - Dino Risi
A PROPOS
La comédie italienne au sommet, savante alchimie entre pittoresque des personnages et critique sociale.

Pourquoi Au nom du peuple italien est-il l’une des plus belles réussites de la comédie à l’italienne ?

D’abord parce que le film, du moins dans ses deux premiers tiers, est très drôle, mettant en scène avec un sens de l’observation admirable, qualité reconnue des deux grands scénaristes Age et Scarpelli, des personnages secondaires hauts en couleur et particulièrement bien écrits.

Parce que les idées de gags fusent, que Risi manie la métaphore avec une réelle gaieté (le palais de justice qui tombe en ruine, le petit poisson que le juge réussit à pêcher avec un grand filet, le chef d’industrie interrogé en costume de général romain, etc.), parce que ses deux interprètes principaux sont en pleine forme.

Mais il y a une raison plus profonde à cette réussite évidente. Dino Risi (Une vie difficile, Parfum de femme…) y aborde quasi frontalement l’une des contradictions intellectuelles internes de la comédie italienne : peut-on, idéologiquement parlant, se moquer des revers les plus folkloriques du citoyen italien issu du peuple (son incivilité, son origine régionale, son goût immodéré pour le football, les arrangements financiers et les petites femmes faciles), sans tomber dans le mépris social ? Comment critiquer son propre peuple sans faire dans la moralisation bourgeoise ?

Le récit d’Au nom du peuple italien oppose deux personnages : un juge incorruptible, Bonifazi, droit dans ses bottes, de gauche, qui rêve d’une Italie propre (Ugo Tognazzi), face à Santenocito, un richissime homme d’affaires véreux d’origine sicilienne, menteur, hâbleur, machiste, malhonnête (Vittorio Gassman, dans un de ses rôles favoris).

Le ton semble donné : d’un côté, il y a le bon justicier, et de l’autre l’escroc type, issu du boom économique italien de l’après-guerre par des moyens pas toujours très reluisants et dont l’héritier direct sera l’Homo berlusconus.

Or, petit à petit, Risi brouille les cartes. On retrouve une jeune prostituée morte, et Santenocito la connaissait… Une bonne occasion pour le juge de coincer ce représentant de l’Italie qu’il déteste. Sans jamais glorifier ou condamner tel ou tel, Risi met en avant les préjugés des uns et l’hystérie des autres. Jusqu’à aboutir à un final presque fellinien, d’un profond désespoir et d’une évidente misanthropie.

Jean-Baptiste Morain (Les Inrockuptibles)

Soirée organisée dans le cadre de la semaine de cinéma de langue italienne
Séance d'ouverture
mercredi 14 novembre à 17h45
Séance d'ouverture de la semaine italienne présentée par
Marie-France Touati-Caraguel, Association Cinéma Parlant

AU NOM DU PEUPLE ITALIEN
de Dino Risi
avec Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman, Ely Galleani
ITALIE - 1971 - 1h43 - Version originale sous titrée
Procureur de la République, apprécié pour son intégrité, le juge Bonifazi est chargé d'enquêter sur la mort étrange d'une call-girl. Santenicito, un important industriel corrupteur, est apparemment impliqué dans l'affaire pour avoir utilisé la jeune femme dans une histoire louche. Persuadé de la responsabilité morale de Santenicito, Bonifazi va tout tenter pour le piéger...